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Old 29th March 2008, 06:14
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Old 14th April 2008, 03:33
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Lundi 14 Avril 2008 -- Nous avons pu constater, lors d’une tournée qui nous a menés vers plusieurs quartiers de la ville, l’ampleur du phénomène des personnes atteintes de maladies mentales ou ce que la plupart des gens appellent « les fous »… Des personnes qui ne sont pas ordinaires; on les voit tantôt calme et tantôt déchaînées, ce qui effraie les passants qui peuvent aussi subir leur violence.

Nous avons découvert un autre type de malades mentaux lorsque nous parcourions les rues de la capitale : ce sont des personnes qui maîtrisent bien la langue française, et qui prononcent des phrases que les passants prennent pour des talismans, mais si on les examine bien, on déduit qu’il s’agit d’hypothèses de matières scientifiques ou d’équations mathématiques.

Nous avons même remarqué que certains de ces malades parlent à haute voix dans un anglais parfait, ce qui prouve que parmi les « fous » d’Algérie, figurent des personnes qui ont atteint les plus hauts niveaux du savoir.

Au sujet de cette augmentation sensible des personnes atteintes de maladies mentales dans les différents quartiers de la ville, le professeur Tédjiza, chef du service des maladies mentales de l’hôpital Drid-Hussein, nous a assuré que les changements que connaît l’Algérie en termes d’augmentation du niveau de vie et de détérioration du pouvoir d’achat ont fait que de nombreuses personnes passent par des états nerveux difficiles qui conduisent à des disfonctionnements mentaux.

Les établissements hospitaliers destinés aux maladies mentales restent insuffisants au regard de l’augmentation du nombre des malades d’une année à une autre, l’offre est par ailleurs très faible, vu que ces établissements ont dans leur ensemble une capacité de 4 760 lits sur le territoire national, au moment où l’hôpital Drid-Hussein reçoit 2 000 cas par an, qui nécessitent une hospitalisation pour une durée d’au moins 6 mois, alors qu’il contient moins de 200 lits répartis entre hommes et femmes.

Le professeur Tédjiza assure que le nombre est susceptible d’augmenter avec la recrudescence des phénomènes sociaux et l’augmentation de la population algérienne. Selon notre interlocuteur, la solution réside dans l’augmentation du nombre d’hôpitaux psychiatriques.
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Old 19th April 2008, 19:15
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Samedi 19 avril 2008 -- Parent pauvre de la médecine, la psychiatrie ne peut pas soulager à elle seule toute la désespérance qui consume de son petit feu sournois toute la société du mal-être. Désespérée mais pas abattue, la corporation se bat dans l'anonymat et fait honneur à cet humanisme qui a choisi le pari des pauvres et des désarmés qu'on ne saurait éternellement cacher au risque de se déjuger.

Poignante émission de terrain, jeudi matin, sur les ondes de la Radio Bahia consacrée aux difficultés de la prise en charge de la pathologie mentale à Oran et par extension en Algérie. Intervention à chaud et unanime de la corporation: «Il est impossible de psychiatriser toute la détresse humaine», résume un praticien. Entendre par là également que «la prise en charge efficiente du trouble mental ne dépend pas de la seule structure hospitalière, mais tout aussi de l'environnement le plus immédiat, la famille et les proches notamment pour ne pas dire la société en entier». Au micro, chaque patient raconte sa petite histoire et surtout sa satisfaction d'être pris en charge comme il se doit. Infanticide, maladie, chômage, drogue, emprisonnement, divorce et rejet des autres... l'oubli et bien d'autres aléas de la vie sont avancés par les internés comme pour dire lucidement que la maladie n'est qu'un court intermède qui survient brusquement pour briser le cours normal d'une existence. «L'hôpital offre au moins à celui qui se sent perdu au milieu de son environnement des repères qu'il n'a pas ailleurs», avance un psychiatre qui n'ira pas jusqu'à affirmer que l'asile peut remplacer l'environnement naturel de l'interné. «De 1962 jusqu'à nos jours, 12.000 praticiens qui ont été formés, 4.000 seulement continuent à exercer la psychiatrie». «En 1962, l'Algérie comptait 10.000 lits, elle n'en compte que 4.000 lits», avance un praticien sur les mêmes ondes. Autant de comparaisons qui laissent comprendre que la psychiatrie est vraiment le parent pauvre de la médecine en Algérie.

En plus du problème de la surcharge évoqué par tous les intervenants, médecins et personnel paramédical de l'hôpital psychiatrique de Sidi Chahmi et de ses conséquences sur la prise en charge, la rupture de stocks de certains médicaments, essentiels dans le traitement de la maladie, a été également soulignée. «L'hôpital doit faire face aux cas les plus urgents. Le malade, agité ou présentant de réelles menaces pour lui-même ou pour l'ordre public, est acheminé via le pavillon 35 (urgences psychiatriques) à l'hôpital psychiatrique où il doit séjourner pour un moment, le temps d'être stabilisé. Une fois sorti, il est pris en charge en post-cure au niveau de la polyclinique de Ibn Sina (Victor Hugo) ou Eckmühl où il doit surtout s'approvisionner en médicaments notamment avec le modecad, un psychotrope administré mensuellement sous forme d'injection pour l'aider à se stabiliser. Voilà en raccourci le parcours normal d'un interné», explique l'animateur de l'émission. «Toutefois ce médicament, qui n'était pas disponible il y a quelque temps au niveau du dispensaire, a fait que nombreux patients ont rechuté. Comme si rien n'a été fait pour le malade», fera remarquer un paramédical du dispensaire de Victor Hugo. Et pourtant, ce psychotrope est aussi vital que l'insuline l'est pour le diabétique. Le dispensaire psychiatrique de Ibn Sina est trop exigu pour les 150 patients qui s'y rendent quotidiennement et pour le personnel qui fait ce qu'il peut pour venir en aide à tous ces patients pour la plupart de condition précaire et qui ne peuvent se permettre l'achat d'un psychotrope chez les officines de même usage à 16.000 dinars la boîte.

Un personnel tout de même dévoué et engagé dans un travail des plus harassants et surtout des visages apaisants et familiers à tous les patients et leurs proches. Ce dispensaire de l'avis de tous nécessite des réaménagements et ce n'est pas parce qu'il faut cacher ce genre de maladie qu'il est interdit de s'en soucier. Le directeur de la Santé de la wilaya d'Oran, en clôturant l'émission, ne disconvient pas face à tous les propos avancés; il dira «veiller à ce que les conditions de la prise en charge soient améliorées». Pour revenir à la psychiatrie, les statistiques sont affolantes et à chaque colloque ou journée scientifique qui lui est consacrée, on entrevoit le trouble mental comme une vraie menace sanitaire. «La société qui rejette cette maladie en lui conférant le sceau du préjugé de l'inimitié, en amont, ne favorise pas la seule prise en charge clinique», précise plus d'un praticien. Alors qu'on voit que les barrières entre le normal et le pathologique dans ses origines premières sont de plus en plus invisibles et minimes tant que les causes sont tout aussi sociales, à l'exemple du chômage ou de l'échec qui dévalorise l'image de la personne vis-à-vis d'elle-même. Un SDF qui vit dans la rue n'est pas forcément un malade qu'on doit soigner dans son âme mais bel et bien un marginal de la société qui l'a botté sur la touche. Un harrag qui s'en va, englouti par le mirage de ses propres illusions, peut à lui seul représenter le cas le plus typique de la désespérance d'un mélancolique qui, dans les propres termes de la psychiatrie, a perdu son intime objet d'amour. Manque de perspective, manque de repère, impossibilité de se projeter dans l'avenir, en un mot: défaut de feuille de route pour tracer les sillons de sa propre trajectoire. Voilà en somme les vrais maux de la société qui amplifient le plus souvent le désir du divorce avec le monde du réel. Le plus vieil interné de l'hôpital psychiatrique de Sidi Chahmi séjourne dans cet asile depuis 1957, toute une vie !
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Old 19th May 2008, 03:54
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Nabila Afroun :


Lundi 19 Mai 2008 -- “Tous nos espoirs nourris pendant l’élaboration du projet de statut particulier se sont évaporés. Le ministère de la Santé persiste à marginaliser la corporation. Ils prennent en charge le volet médical et négligent la santé mentale”, a déclaré M. Keddad, secrétaire général du Syndicat national algérien des psychologues. Il refuse d’être traité différemment que les autres syndicats autonomes relevant de la santé publique.

Il a indiqué que les psychologues n’ont pas bénéficié des mêmes avantages et des mêmes droits décrochés suite au mouvement de protestation de la coordination de la Fonction publique. “Nos propositions n’ont toujours pas été prises en considération par les responsables du ministère de la Santé”, a-t-il précisé. Selon notre interlocuteur, les discussions décisives concernant l’adoption de leur statut particulier n’ont pas abouti aux résultats escomptés. Ils contestent la classification des psychologues praticiens dans la Fonction publique, malgré leur nombre d’années d’études, à l’échelle 11. “Notre syndicat a déjà attiré l’attention de la tutelle concernant la classification actuelle de la corporation qui constitue une entrave à l’exercice de notre métier. Nous exigeons l’affichage des critères qui ont mené à cette classification”, a-t-il indiqué.

Et d’ajouter que les psychologues ne peuvent pas exercer dans les conditions actuelles, car aux yeux de leur tutelle, ils ne constituent pas une branche à part entière relevant de la santé. “Notre existence n’est même pas reconnue, nous travaillons sans aucune salle de consultations au niveau des hôpitaux et sans matériel. S’ajoutent à cela l’autoformation et l’absence des postes budgétaires”. M. Keddad a exprimé, également, son mécontentement concernant la formation des psychologues, notamment la condensation des années d’études à trois ans dans le système LMD. “Nous sommes pour le développement de notre branche, mais d’une manière organisée et qui répond aux normes internationales”, a-t-il indiqué.

Par ailleurs, des discussions ont eu lieu entre le Syndicat des psychologues et le ministère de tutelle qui leur a promis de revoir le statut particulier de leur corporation en prenant en considération les propositions du syndicat. à ce propos, M. Keddad a annoncé la suspension de toute action de revendication, notamment les sit-in hebdomadaires devant la Direction générale de la Fonction publique et lance un ultimatum de 15 jours pour la prise en charge de leurs revendications avant de revenir à la charge.
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Old 26th June 2008, 19:03
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Jeudi 26 juin 2008 -- Longtemps considérée comme une tare diminuante à plus d'un titre plutôt qu'une maladie normale, la psychiatrie continue de susciter moult interrogations de la part de spécialistes ou du commun des mortels. D'ailleurs, il n'est pas rare que les gens, en parlant d'un psychiatre de renommée nationale ou mondiale, disent qu'il est aussi «fou» que les personnes qu'il traite. Mais, en cotoyant justement ces spécialistes un peu spéciaux, nous nous rendons compte qu'en définitive, ils ne font qu'étudier, diagnostiquer, prescrire des traitements adéquats, en fait, faire le même travail que leurs collègues des autres branches médicales. Mais ce côté un peu mythique, mystérieux, incompréhensible de la maladie mentale est souvent utilisé pour des desseins inavouables et il est devenu clair que tant que cette croyance mêlée de crainte, d'incompréhension et de pitié est de mise, beaucoup peuvent s'imposer et tenir d'autres humains sous leur coupe. Et c'est ce qui a fait des centres de traitement des maladies mentales des asiles sans âmes, où les malades sont parqués tels des bêtes dangereuses auxquelles on donne des calmants pour les empêcher de nuire.

Cette notion d'atteinte mystérieuse dont on ne pouvait guérir a de tout temps été combattue par des psychiatres qui voulaient faire admettre à tous que la maladie mentale n'est qu'une maladie comme les autres, dont on peut guérir ou pas, et la plupart ont totalement banni le mot «fou» de leur vocabulaire. C'est, en définitive, tout cela qui a incité le Pr Ridouh, qui est chef du service psychiatrique de l'hôpital Frantz Fanon, à organiser dernièrement cette troisième édition du séminaire dédié à la nouvelle approche du traitement des maladies mentales et ce, durant deux jours, à la bibliothèque centrale de l'université Saad Dahlab de Blida. Des psychiatres de plusieurs pays, comme la Tunisie, la France, l'Italie, la Martinique ont répondu présents à l'invitation de leurs collègues algériens et ont présenté divers travaux de recherches et préconisé des solutions et des approches à même d'aider les malades mentaux à retrouver leur équilibre et à réintégrer la société, selon les normes établies. le Pr Ridouh, ainsi que tous ceux qui étaient présents, et même l'ex-ministre de la Santé, M. Amar Tou, qui a assisté à la clôture du séminaire et M. Hocine Ouadah, wali de Blida, qui y était au début et à la fin, ont appelé à une nouvelle approche de la psychiatrie tendant à humaniser les soins, à essayer d'être plus proche du malade, à l'aider moralement et, surtout, à rendre les structures d'accueil plus.. accueillantes.

C'est, d'ailleurs, sous le thème d'humanisation des hôpitaux psychiatriques, que ce séminaire a été initié, reprenant la pensée de Fanon, qui a milité jusqu'à sa mort pour cette humanisation, pour une psychologie institutionnelle, où l'amour la compréhension, la bonté peuvent remplacer tous les produits médicamenteux que les malades mentaux ingurgitent à longueur d'année et qui ne font que le plonger dans une apathie dangereuse pour sa santé psychique. Les intervenants ont essayé par leurs travaux de contribuer à l'évolution de la pratique psychiatrique basée sur les antidépresseurs, les neuroleptiques, les hypnotiques et d'autres médicaments propres à cette branche, vers une approche plus humaine, en recherchant plutôt les causes de ces troubles et en essayant de les annihiler pour que le malade retrouve son équilibre psychique et qu'il reprenne sa place dans la société. La famille, les institutions sociale, les médecins doivent tous s'associer pour cela. En outre, les psychiatres présents à ce séminaire ont pratiquement désavoué le DSM IV (4), qui comprend une codification américaine des maladies mentales qui ne tient pas compte de la personnalité purement humaine et individuelle de chaque malade, présentant des stéréotypes de maladies sans aucun regard vers leurs causes et, surtout, préconisant un traitement médical qui est souvent inefficace.

Et le Pr Pierangelo Divetornio (Italie) a rapproché les points de vue très humanitaires de deux grands de la psychiatrie, Frantz Fanon et l'Italien Bassaglia qui a été le père des réformes en matière de psychiatrie, d'asiles psychiatriques en Italie et de toute l'approche concernant les maladies mentales en Italie, initiées vers la fin des années soixante-dix, et qui font que ce pays a décidé la fermeture des hôpitaux psychiatriques les remplaçant par des réseaux soignants au coeur des cités. Cette dénonciation des traitements subis par les malades mentaux dans les hôpitaux psychiatriques et les solutions préconisées par les deux hommes (Fanon et Bassaglia) se rapprochent l'une de l'autre et ont donné naissance à la psychiatrie alternative qui est déjà appliquée en Italie. En plus, il apparait clair que les spécialistes à travers le monde estiment que la psychiatrie est en crise, surtout avec la médicalisation à outrance prônée par les Américains qui fait qu'ils préconisent la relation : un symptôme = un médicament, passant sous silence les causes de ce symptôme et annihilant par là toute velléité de réclamer, de présenter un problème pour le solutionner ou de discuter politique, finance ou autres sujets tabous. Il suffit de dire qu'un tel est fou pour que tout ce qu'il dit ou fait soit axé d'irresponsabilité, de non sérieux, de comportement de malade.

D'un autre côté, plusieurs intervenants ont tenu à dénoncer le système des cellules d'écoute qui sont installées après des catastrophes naturelles ou accidentelles et qui �'font que celui qui a perdu un être cher au cours d'une catastrophe soit dirigé vers un psychologue qui l'attend avec des réponses uniformes pour l'ensemble de ceux qui ont subi le même traumatisme et ceci, au détriment de toute relation humaine'. L'un d'eux s'est d'ailleurs interrogé : �'que vais-je dire au psychiatre quand je viens de subir une perte de quelque nature que ce soit, que je suis triste, c'est tout à fait normal et humain, que je pleure, ce psychologue ou ce psychiatre va m'attendre avec des solutions uniformisées'.

Un détenu qui se met à tout casser dans sa cellule pour dénoncer sa condition de détention et qu'on présente au psychiatre afin qu'il définisse s'il est fou ou non, alors que ce comportement est tout à fait normal car c'est le psychiatre que ce détenu a trouvé pour se faire entendre. Plusieurs autres questions concernant l'éthique en psychiatrie, la psychiatrie infantile, les troubles ayant des origines génétiques, la psychothérapie et les diagnostics standardisés ont été largement débattus par les présents. Un film documentaire ayant pour titre «Mémoire d'asile» retraçant les conditions de vie très difficiles des malades mentaux qui étaient internés au sein de l'hôpital psychiatrique Frantz Fanon, depuis sa création jusqu'aux grandes transformations qu'il a subies, a été projeté à la fin du séminaire.
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Old 8th September 2008, 19:21
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Tassâadite Lefkir :


Lundi 8 Septembre 2008 -- Les spécialistes sont unanimes : la santé mentale des Algériens est en danger. Les statistiques recueillies par une étude suisse, révélée l’an dernier lors du Congrès international de psychiatrie d’Alger, montre que pas moins de deux millions d’Algériens nécessitent une prise en charge psychiatrique conséquente et que 3 à 7 % de la population doit bénéficier d’un traitement psychiatrique. Ces chiffres, selon les spécialistes, restent «modérés» par rapport à ceux donnés par une étude américaine, estimant entre 10 et 12 % la population algérienne souffrant de maladies mentales. Selon les spécialistes, le climat social délétère, conjugué à la tragédie nationale qu’a traversée le pays, auraient été pour beaucoup dans l’aggravation de la situation. Il faut dire que jusqu’à présent, aucun recensement du nombre de personnes ayant subi des traumatismes psychologiques et/ou psychiques aigus lors de la tragédie nationale n’a été établi. A défaut d’une prise en charge, qui aurait évité à plusieurs victimes de sombrer dans la «folie». Ceci dit, une enquête menée en 2006 dans le cadre du Programme national de santé mentale au ministère de la Santé fait état de 0,5 % de la population présentant des pathologies psychiatriques. Les spécialistes algériens évaluent le nombre de personnes atteintes de maladies mentales à 150 000 cas dont 26 000 recensés en 2005. Néanmoins, dans la plupart des cas, les chiffres recensés par les enquêteurs, algériens ou étrangers, sont loin de refléter la réalité. Et pour cause : la maladie mentale demeure encore un tabou, beaucoup de malades ne sont pas déclarés par leurs familles. Cette même enquête indique qu’il y a en Algérie seulement 1,43 lit pour 10 000 habitants, 1,13 psychiatre pour 100 000 habitants et 6,44 infirmiers spécialisés en psychiatrie pour 100 000 habitants. Il est donc urgent de prendre ce problème à bras-le-corps en prescrivant des mesures nécessaires à même de diminuer la portée de ce phénomène. Pour en savoir plus sur ce problème de santé, nous nous sommes rapprochés du Pr Redouh Bachir, chef du service de psychiatrie médico-légale au CHU de Blida, qui a bien voulu nous accorder cet entretien.

Le Jeune Indépendant : Quels sont les cas pathologiques les plus fréquents que vous recevez au niveau de votre service ?

Pr. B. Redouh : Nous sommes une institution qui traite plutôt les cas de psychiatrie lourde, c’est-à-dire les psychoses qui représentent comme schizophrénie un cas pour mille de la population mondiale. Il n’y a pas de chiffre concernant l’Algérie qui déterminent la situation. Mais généralement, nous traitons à notre niveau les schizophrénies et les psychoses maniaco-dépressives. L’état dépressif majeur reste notre grand souci, parce que les personnes atteintes viennent en consultation mais restent à l’extérieur. Ce sont des personnes qui subissent beaucoup de stress dans leur vie quotidienne que ce soit au travail ou chez eux. Je prends comme exemple les gens qui entament une grève de la faim pour leurs revendications sociales : certains s’en sortiront mais d’autres seront forcément atteints sur le plan psychologique.

On dit que le stress est le mal du siècle et qu’il est à l’origine de beaucoup de maladies. Qu’en est-il exactement chez nous ?

Nous avons en particulier le stress post-traumatique. Nous avons vécu des moments difficiles lors de la décennie noire, en plus des problèmes sociaux que nous vivons quotidiennement, surtout au travail et de la peur de l’avenir incertain que vivent les jeunes, ce qui fait que les Algériens sont confrontés à un stress intense. Dans la liste des déclencheurs de ce type de maladie, on peut dire que rien ne nous manque.

Quelles sont les principales conséquences du stress sur les personnes ?

La déprime et la démobilisation sont les premiers effets du stress sur l’individu. Viennent ensuite les troubles du sommeil, les problèmes d’estomac, les problèmes de reins, la nervosité, la morosité et l’irritabilité. C’est une situation handicapante. Parce que dans le cadre familial, il y a risque d’atteinte de l’environnement social et dans le milieu du travail c’est la même chose. Cette pathologie, souvent très handicapante, est à l’origine de beaucoup de certificats de maladie et d’une certaine démobilisation dans le monde du travail.

Que faudrait-il faire pour surpasser son stress ?

Les pays européens ont trouvé la solution, de loin la meilleure, c’est la sur-médication. Pour le moindre petit trouble, c’est le psychiatre et les psychotropes. C’est connu, les pays européens sont les premiers consommateurs d’antidépresseurs. Chez nous, nous avons cette thérapeutique, mais avec l’avantage de l’existence d’un mode de vie où l’entraide est très présente et forte. Dans une famille, même s’il y a 4 ou 5 personnes qui ne travaillent pas, il y a toujours quelqu’un qui travaille pour les autres. Il y a encore une convivialité et une générosité qui fait qu’il y a moins de recours à la chimiothérapie dans le réseau familial et social. C’est une situation appréciable parce que le dialogue est facile. Dans les pays européens vous ne trouvez pas facilement quelqu’un avec qui dialoguer. Si on va chez le psychiatre, c’est pour qu’il vous accorde dix minutes pour vous écouter. Chez nous le dialogue est relativement facile. Je vous donne un autre exemple. S’il y a un crash d’avion, les Européens vous disent immédiatement il faut une équipe médico-psychologique d’urgence. Alors que le gros problème d’entraide lorsqu’il y a un crash concerne les familles entre elles. Chacun doit raconter à l’autre ses peurs, ses peines, ce qu’il ressent de la perte d’un être cher.

Sur le plan individuel, quelle conduite à tenir face au stress ? Et ce mal peut-il conduire au suicide ?

Celui qui a un entourage familial qui le soutient s’en sortira sans faire d’efforts personnels particuliers ; celui qui est dans la misère et sans soutien familial s’en sortira beaucoup moins bien. Celui qui en a les moyens peut programmer des activités où il rencontrera des gens avec qui il pourra discuter et se défouler. Pour la deuxième partie de votre question, je crois qu’il y a plus grave que le suicide : c’est la démobilisation. Errer sans aucun but, sans aucune énergie, sans aucune envie, je crois que c’est terrible. Dire «je suis dégoûté», «je suis fatigué» relève souvent de symptômes révélateurs. Etre dégoûté veut dire qu’il n’y a plus rien à faire.

Quelle prise en charge offre-t-on aujourd’hui aux malades atteints de troubles psychiatriques ?

Nous avons la même prise en charge que partout ailleurs dans le monde. Pour toutes les autres pathologies, on peut souscrire à une prise en charge à l’étranger, sauf en psychiatrie où l’on vous dit que 4 ou 5 médicaments et de bonnes relations humaines suffisent. Les relations humaines ça passe par le verbe, le verbe passe par la culture et par l’identité. En psychiatrie, c’est la seule spécialité ou l’aspect technologique est mis à part et l’aspect relationnel valorisé. Ça, c’est excellent. Parce que c’est la famille qui sauve un malade mental. Chez nous, il y a aussi cette tolérance des citoyens face aux malades. Si quelqu’un fait sa crise, on appelle la police ou les secours et rien de plus, ce qui n’est pas le cas ailleurs.

On croise de plus en plus de malades mentaux dans les rues. Est-ce à dire que leur nombre a augmenté ?

Avec dix malades qui errent dans les rues, c’est vrai qu’on a l’impression que ça fait beaucoup. Le problème est que si à l’hôpital le malade est bien traité, une fois dehors personne ne le prend en charge. Déjà pour une personne normale, si elle n’est pas entourée par sa famille et son entourage, elle se sent mal. Alors pour une personne malade, que voulez-vous qu’elle fasse, sinon de rechuter. Si le malade est dépressif, il va devenir encore plus dépressif et s’il est délirant, il va rechuter. Ce que vous voyez dans les rues d’Alger est beaucoup plus un problème social parce que tous ces malades ont déjà été hospitalisés. Mais ce que je peux dire, c’est qu’il n’y a pas une augmentation de leur nombre. Aujourd’hui, il y a un ou deux établissements psychiatriques par wilaya. A Alger, ils sont un petit peu à l’étroit parce qu’il n’y a pas eu de construction d’hôpitaux psychiatriques, en dehors de celui de Chéraga, depuis 1962. La psychiatrie en elle-même, c’est tout l’accompagnement qu’il y a autour et c’est 10 à 15 jours en milieu hospitalier. C’est relativement passif. Nous avons aujourd’hui 400 malades chroniques. Si vous les mettez, après leur hospitalisation, dans un appartement thérapeutique avec une ambulance et que vous leur assurez les deux repas de la journée, vous obtiendrez un résultat magnifique. Mais cela nécessite beaucoup d’efforts. Il faut dire aussi que les problèmes sociaux que vivent les jeunes - pas de travail, pas de logement - aggravent la situation.
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Mercredi 8 Octobre 2008 -- A l’occasion de la célébration de la journée mondiale de la Santé Mentale, coïncidant avec le 10 octobre de chaque année, des spécialistes en psychiatrie insistent sur la nécessité d’adopter un plan d’urgence national pour la prise en charge des malades atteints de troubles mentaux dont le nombre a augmenté de façon remarquable au cours des dix dernières années.

De faibles moyens sont mis à disposition des services de traitement des maladies mentales, contre un nombre de personnes atteintes de maladies mentales qui augmente à une vitesse terrible. Pour preuve, on enregistre moins de 300 lits pour près de 80 mille patients dans les deux services de psychiatrie que compte Alger.

Le chef du service des maladies psychiatriques près de l’hôpital Drid Hocine, le professeur Mohammed Tedjiza a affirmé que plus de 500 000 jeunes algériens souffrent de schizophrénie. Il a expliqué que cette maladie touche généralement des jeunes âgés entre 17 et 25 ans et que dès le début de l’apparition de cette maladie, l’espérance de vie ne dépasse pas les 20 ans. Il a, de ce fait, proposé à l’Organisation Mondiale de la Santé de classer les maladies psychiatriques comme deuxième maladie mortelle au monde pour les années prochaines et jusqu’à 2020.

Le professeur Kacha nous a affirmé que la solution ne consiste pas uniquement dans la programmation des projets de réalisation des hôpitaux de psychiatrie. Il a appelé à adopter un plan national de la santé psychique assurant une prise en charge totale des patients. On devrait également encourager les médecins spécialistes à rester en Algérie, ces derniers préfèrent en majorité travailler dans les pays occidentaux.

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