Lundi 29 Septembre 2008 -- Évalué à quelque 1,3 milliard de dollars, le marché du médicament en Algérie est dominé par l’importation qui représente quelque 70% de la facture totale. L’importation, à elle seule, avoisine un milliard de dollars par an. La production locale, axée surtout sur la fabrication des génériques et de quelques spécialités (princeps des grands laboratoires), est tributaire, elle aussi, de l’importation de la quasi-totalité des matières premières. Cette situation de dépendance de l’étranger provoque cycliquement des pénuries qui sanctionnent évidemment les malades. Ce secteur a connu plusieurs mutations induites par différentes mesures, dont celle obligeant les importateurs à investir dans la production de médicaments en Algérie. Les opérateurs du secteur ont lancé aussitôt des projets de construction d’usines. Aujourd’hui, cette industrie couvre 30% des besoins nationaux en médicaments. Malgré la volonté affichée des pouvoirs publics de redonner un second souffle à la production nationale, tant sur le plan qualitatif que quantitatif, des obstacles ont fait capoter des projets importants.
La recherche médicale vient juste après celle militaire, concernant les grands fonds investis et surtout le degré de technicité et de connaissances scientifiques. Les grands groupes qui détiennent le savoir refusent de le divulguer car, bien entendu, il leur est plus avantageux de produire et d’exporter que de concéder de véritables transferts technologiques. La production d’insuline en Algérie fait partie de ces projets qui ont fait couler beaucoup d’encre. Le partenaire Novo-Nordisk avait donné, une première fois, son accord pour la réalisation d’une usine à Oued Aïssi, dans la wilaya de Tizi Ouzou, et ce, en 1998. Quelques mois après, les autorités de la wilaya dégagent un terrain bien situé dans la commune de Drâa Ben Khedda, et le ministre de la Santé avait fait le déplacement pour la cérémonie de la pose de la première pierre. Mais le projet ne verra jamais le jour car le partenaire danois trouvera moult excuses pour abandonner ce projet et opter, en 2007, pour la réalisation d’une usine de comprimés pour les diabétiques non insulino-dépendants. Cela n’a pas empêché, entre-temps, le groupe algérien Saidal de concrétiser un projet similaire à Constantine où sont produites les 3 formes d’insuline (rapide, moyenne et lente). Saidal ne fait que dissoudre des cristaux d’insuline importés, et pourtant le groupe a dû lutter durant plus de 10 ans pour y parvenir.
La facture d’importation des médicaments ne fait qu’augmenter, pourtant les responsables du secteur de la santé ne cessent de faire la promotion des génériques (copies des médicaments d’origine appelées princeps), dont les prix sont nettement inférieurs. Ces augmentations sont dues à deux raisons essentielles : un nombre plus important d’Algériens a droit aux soins et les nouveaux médicaments coûtent de plus en plus cher car leur élaboration fait appel à des technologies de pointe. Certains anticancéreux valent 30 millions de centimes le flacon, et aujourd’hui tous les cancéreux sont traités en Algérie, en raison de l’arrêt des transferts pour soins à l’étranger. La prise en charge des pathologies lourdes mobilise de gros moyens financiers et des plateaux techniques très sophistiqués. Les opérateurs du secteur de l’industrie pharmaceutique (l’écrasante majorité des producteurs sont des importateurs aussi) réclament la protection des producteurs locaux en n’important que les quantités manquantes pour couvrir les besoins nationaux, lorsqu’il s’agit de produits élaborés en Algérie. L’industrie pharmaceutique algérienne produit surtout des comprimés et des sirops, excepté Saidal qui élabore de l’insuline et des antibiotiques injectables. Les autres groupes importants, du secteur privé cette fois, comme LPA, Biopharm, Pharmaliance et autres, ont, eux aussi, réalisé de gros investissements dans ce secteur et ambitionnent d’innover et de produire des médicaments exigeant une plus haute technicité.
Mardi 30 Septembre 2008 -- Pas moins de 12 communes sur les 38 que compte la wilaya de Relizane ne sont pas à ce jour dotées de pharmacies. Les habitants se trouvent ainsi obligés de parcourir des kilomètres pour acheter un médicament. C’est ce qui ressort d’un rapport de la commission de la santé et la protection de la maternité et l'enfance au sein de l’APW de Relizane. Même problème en matière de couverture sanitaire. Les habitants des zones éloignées parcourent de grandes distances pour prévenir l'aggravation de leurs problèmes de santé. La chose étrange est que plus de 10 communes ne sont pas encore dotées, à ce jour, de pharmacies. De ce fait, il incombe aux citoyens de faire des dépenses supplémentaires pour l'acquisition de médicaments dans d’autre communes. Selon le même rapport, le nombre de services de consultations externes dans la wilaya est de 13 dispensaires et 17 cliniques qui représentent une couverture de un centre pour plus de 27 000 personnes. Alors que le traitement par chambre est de 5 324 personnes, ce qui est loin de la moyenne nationale. Pour ce qui est des activités des hôpitaux, le nombre d'entrées est de 13 056 habitants pour un lit d'hôpital. Le taux d'occupation de l’hôpital Mohamed-Boudiaf est de 42,58 %, Oued R’hiou 76,47 % et Mazouna 58,37 %. Il a été également mis en évidence un certain nombre de patients transférés de la wilaya de Relizane vers d’autres wilayas et qui a atteint 2,9 par jour. Cela sous-entend le manque de soins de santé au niveau de l’entreprise hospitalière de la wilaya. Les membres de la commission ont demandé l’examen de la carte sanitaire. En outre, le rapport souligne que 73 médecins spécialistes travaillent dans les hôpitaux.
Mardi 30 Septembre 2008 -- Après la pénurie d'insuline qui a été constatée dernièrement dans différentes officines à travers toutes les régions du pays, les malades atteints de diabète pourront enfin obtenir leur médicament et poursuivre ainsi leur traitement. C'est en fait le président de la Fédération algérienne des associations des diabétiques (Faad), Noureddine Boucetta, qui a rassuré, de la disponibilité de l'insuline "Insodal" fabriquée par Saidal qui est, selon lui, "distribuée en quantités suffisantes" sur l'ensemble du territoire national, a affirmé dimanche à Relizane, tout en estimant que sa raréfaction enregistrée dernièrement est "artificielle".
M. Boucetta, qui préside également l'association "El Amal" des diabétiques de la wilaya de Relizane, a indiqué, dans une déclaration à l'APS, que la dose d'insuline "insodal" fabriquée par l'unité de Constantine du groupe "Saidal" est disponible dans ses trois versions. "Les marques disponibles sur le marché sont conformes aux normes et paramètres internationaux exigés en la matière", a souligné M. Boucetta, relevant par ailleurs que la rareté de ce produit concerne plutôt les marques produites par les laboratoires étrangers.
Dans ce contexte, le président de la Faad impute cette situation au fait que la majorité des médecins ne prescrivent à leurs malades que "l'insuline" d'importation, et ce, a-t-il expliqué, sur demande de leurs patients. M. Boucetta a ajouté, à ce propos, que les associations de cette catégorie de malades chroniques "ne disposent pas du pouvoir de coercition sur les praticiens à même de leur permettre de leur imposer de prescrire certaines marques de médicament au lieu d'autres". Il a, d'autre part, précisé que le groupe Saidal a signé une convention avec l'Entreprise de distribution des médicaments "Endimed" en vue d'assurer la commercialisation régulière de l'insuline à travers l'ensemble du territoire national.
Dans un autre chapitre, la même source a fait savoir que 25 % des 3 millions de diabétiques recensés à l'échelle nationale sont insulino-dépendants. Il convient de signaler au passage que la pénurie de l'insuline a débuté au mois d'avril dernier, et constatée dans plusieurs officines du territoire national, notamment à Aïn Defla, Boumerdès, Tizi Ouzou et d'autres wilayas également. Cependant, les malades atteints du diabète de type 1 ont été obligés de réduire leur traitement, en diminuant le nombre d'injections qui leur est prescrit par le médecin traitant.
A signaler, par ailleurs, la rareté de plusieurs médicaments sur le marché national qui a été constatée ces derniers temps. Selon le Syndicat national des pharmacies d'officine (Snapo), il y a actuellement la rareté d'une liste de 50 médicaments sur le marché national.Il s'agit notamment des insulines, de Loxen pour les hypertensions, Spasfon injectable, les hormones Utérogestone, les anticoagulants Lovenox et Fraxitarine, Clenir pour les asthmatiques, les corticoïdes injectables tels que Célestène, Kenacort, Dépomedrol, Tengesic pour le cancer, les contraceptifs tels que Microvar, Nimidril, Marvelon, Excluton et Cérazet. Déconase pour les allergies, Gadiscon, un pansement gastrique, vitamine A en collyre, vitamine injectable B1 et B6, Titrane, un antibiotique urinaire, les laxatifs tels que Forlax et Normacol.
Dimanche 5 octobre 2008 -- Les pharmaciens de la ville d’Alger, menus de leur unité centrale (ordinateur) ont pris d’assaut, jeudi et hier, les agences de la Caisse de sécurité sociale (centres de paiement) pour l’actualisation de leurs fichiers conformément à la nouvelle liste de médicaments remboursés au nouveau tarif de référence entré en vigueur le 2 octobre dernier. Ces nouvelles données ont été pourtant mises en place pour certains pharmaciens qui ont été convoqués jeudi, au lendemain de l’Aïd. Le transfert des informations sur des clés USB concernant les médicaments mis sous tarif de référence n’a pas été possible.
L’agence Cnas de la place du 1er Mai, censée ne pas travailler le samedi, a renouvelé l’opération hier, même pour ceux qui se sont présentés jeudi. « Il fallait se présenter avant 13h. L’information a circulé de bouche à oreille. Nous avons été informés par des collègues qui, eux aussi, avaient été informés à la dernière minute. Nous n’avons rien compris. Sans ce nouveau dispositif, on ne peut pas délivrer de facture », s’indigne une pharmacienne. Un pharmacien de Bab El Oued ne comprend pas pourquoi la Cnas n’a pas pris les dispositions nécessaires pour assurer une telle opération, qui date de plus de trois mois, juste après la publication dans le Journal Officiel de l’arrêté ministériel au mois de juillet. Ils ont attendu la veille de la mise en application de ce tarif de référence, c’est à dire le 2 octobre, pour convoquer les pharmaciens en masse et leur transférer les informations.
« Voilà les aberrations que subissent les pharmaciens », a t-il dénoncé, en soulignant que les malades sont eux aussi pénalisés puisque leurs médicaments ne leur sont pas servis. « Comment peut-on demander à tous les pharmaciens de se déplacer avec leurs ordinateurs le même jour pour l’introduction de cette nouvelle liste, sachant que la date de l’application du tarif de référence était fixée depuis au moins trois mois ? », ajoute une pharmacienne de Kouba. Est-ce que les agences de la Cnas sont dépourvues à ce point de moyens humains et de technologie pour ne pas pouvoir transférer des informations dans des ordinateurs ? Qu’est-ce qui aurait pu empêcher la Cnas de dépêcher ses techniciens chez les pharmaciens et assurer ce genre d’opération ? La Cnas serait-elle dépourvue de techniciens et d’informaticiens qualifiés pour assurer ce genre de travail ?
Mardi 7 octobre 2008 -- Censés être pris en charge à 100%, les malades chroniques sont néanmoins contrains de payer de leurs propres deniers quand les médicaments génériques sont indisponibles. Les spécialités (molécules mères) sont disponibles tout le temps, et lors des épisodes de pénuries sur les génériques, les malades sont obligés de les consommer et de payer la différence (parfois des sommes importantes), non remboursée par la Cnas. Les patients espèrent la compréhension des cadres de la Cnas par la prise en charge à 100% des spécialités en cas de pénurie des génériques.
Mardi 7 octobre 2008 -- Neuf brevets nationaux pour autant de produits ou procédés dans le domaine pharmaceutique ont été obtenus par le Centre de recherche et de développement (CRD) du groupe Saidal, a indiqué hier un communiqué du groupe. Il s'agit de six produits pharmaceutiques à base de plantes portant sur des adjuvants aux traitements du diabète, de l'hypertension artérielle, la réduction du cholestérol, ainsi que d'une crème veinoprotectrice et d'un stimulant sexuel. Les trois autres produits ont été formulés sous forme d'orodispersible (anti-inflammatoire, anti-émétique et antipsychotique). Ces neuf brevets viennent s'ajouter aux cinq autres œuvres de M. Abdeslam Chakoun du CRD, obtenus en 2006-2007. Un de ces brevets ayant été primé “médaille d'or” de la meilleure invention par l'Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (Ompi), à l'occasion de la Journée nationale de l'innovation tenue à Alger en 2007, souligne-t-on encore. La même source précise que les cinq brevets décrochés en 2006 ont été jugés “aptes à recevoir une protection internationale par brevet auprès de certains pays dans le but de préserver leur usage contre la contrefaçon”, du fait de la concurrence constatée sur le marché mondial. “La procédure de protection internationale a été engagée par le biais du Traité de coopération en matière de brevet (PCT) dont l'Algérie est membre”, ajoute-t-on. La publication assurée par l'Ompi confère à ces brevets le “statut de référence bibliographique mondiale à des fins de recherche et de développement des innovations”.
Mercredi 15 octobre 2008 -- A partir de la fin du mois d’octobre 2008, les malades chroniques dans le besoin de médicaments adaptés à leur état de santé ne pourront plus en bénéficier dans le cadre de la convention tiers payant signée entre la direction de la Caisse nationale des assurance sociales (Cnas) Annaba et les pharmaciens de la daïra d’El Hadjar. Avec sa deuxième commune Sidi Amar, cette collectivité locale à vocation agricole et industrielle compte plus de 90 000 habitants. Y réside une importante population de malades chroniques atteints de différentes pathologies. Dans un «préavis de gel de la convention» daté du 6 octobre 2008, les pharmaciens dénoncent ce qu’ils estiment être : «Le nonrespect du délai réglementaire de paiement, les 999 dossiers en souffrance depuis 2007 au niveau de la Cnas, le flou qui caractérise la procédure de paiement, le gel de paiement des factures et de l’avance financière. Le contrôle médical de certains malades chroniques titulaires de la puce électronique activée spécifiant la pathologie et le traitement.» Mais il y a plus grave avec ce que les pharmaciens signataires du préavis qualifient d’anomalies persistantes, entraves aux activités des pharmaciens et atteinte à la pérennité de la convention tiers payant. «... Des écarts sur les montants facturés de la totalité des dépôts...», précisent-ils dans le même document. Il s’agit d’un véritable réquisitoire contre les principaux animateurs de la Cnas Annaba.
Interrogés pour de plus amples détails sur ces écarts, nombre de ces pharmaciens ont estimé nécessaire une enquête approfondie pour situer les responsabilités. Ce qu’ils semblent vouloir dire lorsque dans leur préavis : «Cette décision de gel de la convention que nous n’avons jamais souhaitée prendre nous a été imposée par la situation préjudiciable au fonctionnement de nos officines à laquelle nous sommes confrontés.» Quelques semaines auparavant, les 243 pharmaciens de la wilaya avaient, pour les mêmes motifs, déclenché une grève d’une journée. La rencontre avec les responsables de la Cnas qui s’en est suivie a permis de calmer les esprits des uns et des autres. Notamment, ceux mis au bord de la faillite après avoir consommé tous leurs moyens financiers dans la vente de médicaments dans le cadre de la convention du tiers payant. Dans l’impossibilité de régler leurs créances vis-àvis des fournisseurs, laboratoires et autres, les gérants d’officines ont vu leur crédibilité quant à leur solvabilité sérieusement mise en cause. Cette énième révolte des pharmaciens de la wilaya d’annaba amènera-t-elle le directeur général de la Cnas à mieux apprécier les risques d’échec de la démarche du tiers payant mise en pratique par le ministère de tutelle et très mal maîtrisée par sa structure d’Annaba.