Dimanche 15 juin 2008 -- Invités hier au forum d’El Moudjahid pour un débat sur les enjeux de l’industrie pharmaceutique en Algérie, deux représentants de «l’ordre des pharmaciens», MM. Lotfi Benbahmed et Amir Touafek, ont brossé un tableau noir du fonctionnement du marché du médicament, parlant de «dérives certaines» dans les différents domaines de la production, de l’importation, de la distribution, de la fixation des prix, etc. Les deux intervenants déplorent, selon leurs propres termes, «l’inexistence d’un outil statistique centralisé qui permet d’évaluer, d’anticiper et d’analyser les besoins en médicaments», «l’absence de vocation industrielle de certaines entreprises pharmaceutiques initialement importatrices de produits manufacturés et ayant répondu à une obligation de produire localement», «l’incapacité des industriels locaux à évoluer vers une maîtrise intégrée du process industriel de fabrication et évoluer des phases de conditionnement à des phases de fabrication proprement dites», «l’absence de capacités de développement technique et technologique», «l’absence d’une expertise réglementaire et juridique spécifique», «l’absence de capacités de négociation internationale»
L’ordre des pharmaciens regrette son exclusion des discussions concernant l’exercice pharmaceutique : «Aucun pays au monde n’évolue sans associer les représentants de tous les secteurs d’activité. Malheureusement pour nous, depuis quelque temps, le ministère de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière ne nous consulte point. C’est pourtant une obligation consacrée par la loi.» L’ordre des pharmaciens plaide pour une politique «conventionnelle», associant tous les partenaires. «Notre but n’est pas de protéger les pharmaciens mais l’exercice pharmaceutique», soutient M. Benbahmed, non sans exprimer ses regrets de voir cette profession se dégrader. Une dégradation favorisée par le manque de formation de qualité à l’université et aussi par la revalorisation du statut de pharmacien, notamment celui qui exerce au niveau de la structure publique : «L’absence de statut pour le pharmacien hospitalier et sa marginalisation dans le secteur public ont fait que de nombreuses structures sanitaires sont dépourvues de pharmacien.» Autre plainte des pharmaciens : «Le ministère de tutelle a promis de revoir à la hausse la marge bénéficiaire dans les officines de pharmacie. Au lieu de l’augmenter, ils l’ont baissée […].»
Pour terminer, les représentants de l’ordre des pharmaciens insistent à nouveau sur le rôle de l’Etat dans la régulation du marché du médicament : «L’ouverture du marché du médicament, peu encadré et insuffisamment règlementé – parce qu’elle a été faite dans la précipitation - a favorisé l’apparition de phénomènes spéculatifs, préjudiciables à la disponibilité continue des produits pharmaceutiques […] L’Etat doit s’impliquer dans une logique d’arbitrage du marché au lieu de se contenter de solutions palliatives.» L’ordre des pharmaciens appelle, par ailleurs, les hautes autorités de l’Etat à encourager la production et l’importation du générique.
Lundi 16 Juin 2008 -- Lors d'une conférence débat, organisée hier, au centre de presse d'El Moudjahid, sur les aspects de l'industrie du médicament, la distribution et les mesures de libéralisation, M. Lotfi Benbahmed président de l'Ordre des pharmaciens, a fait une lecture et un tableau général sur la situation du marché de médicaments en Algérie. En effet, le président de l'Ordre des pharmaciens a appelé les autorités publiques à s'impliquer dans la régulation du marché de médicament tout en assurant le rôle de l'arbitre. Par ailleurs, le conférencier a mis en exergue la nécessité d'associer son institution dans l'élaboration des projets de lois. Quant au nouveau-né le conseil national de médicament, l'Ordre émis des réserves sur l'indépendance et la concurrence des compétences à l'intérieur de cet organe, aussi la représentativité du corps pharmaceutique à l'intérieur du conseil. Aussi le projet de lois ne consacre pas l'indépendance des commissions.
En outre, et dans le même sens, le débat s'est articulé sur trois volet : la disponibilité, l'accessibilité, et la qualité. S'agissant du premier point la disponibilité, selon le conférencier, l'origine des problématiques de la disponibilité du médicament sont de provenance structurelle ou spéculative. Cependant, la production nationale pourrait constitué une alternative majeure pour une meilleure disponibilité d'un produit pharmaceutique nationale. Cette industrie est soumise à des problèmes liées à la maîtrise des process de fabrication, à l'absence de développement, et un environnement économique contraignant et le manque de stratégie industrielle intégrée et concertée, ajouter à cela l'absence de savoir-faire en matière de développement pharmaceutique et l'absence de capacités de développement technique et technologique, d'une expertise réglementaire et juridique spécifique et d'une capacité de négociation internationale.
Quant au deuxième volet, qui est l'accessibilité des populations au médicament, selon M Amir Touafik, relève de la responsabilité de l'Etat, le ministère de la Santé est responsable de l'accès des populations aux soins pharmaceutiques, à ce titre, ce dernier doit prendre toutes les précautions nécessaires à la sécurité des approvisionnements. Sur ce point précis, l'Ordre des pharmaciens déplore les insuffisances dans la transparence du dispositif de fixation des prix. Pour les produits génériques M. Benbahmed a affirmé que l'Algérie doit encourager davantage la production locale et l'importation du générique afin que cela puisse impacté sur la consommation globale et généré les économies escomptées. Interrogé sur la politique des marges bénéficiaires, le conférencier a tenu à préciser que l'Algérie est le seul pays au monde à réglementer la marge à la production, et qu'il s'agit d'une mesure contraire à une logique d'encouragement de l'investissement national, ce qui va induire au gel de la marge au conditionnement à 10%.
Concernant la qualité des produits, cela passe obligatoirement par la qualité du dossier d'enregistrement avec le contrôle qui est l'outil des pouvoirs publics et l'autorisation de mise sur le marché délivrée par l'autorité sanitaire engageant sa responsabilité autant que celle du fabricant.
Lundi 16 juin 2008 -- «L’industrie et le marché du médicament en Algérie sont dans un état de dérive générale. Les prix administrés aux médicaments, la place du générique dans les ventes, la politique de remboursement, la production nationale, les tarifs de référence et les marges bénéficiaires accordées aux pharmaciens, sont autant de questions qui connaissent actuellement un dysfonctionnement alarmant et susceptible de mener le secteur à une impasse et une clochardisation sans doute de tout le marché du médicament. » C’est en conclusion ce qui ressort de la conférence animée hier au forum El Moudjahid par le vice-président du Conseil national de l’ordre des pharmaciens (CNOP), le Dr Lotfi Benbahmed, également chargé de la distribution. Vaut mieux tard que jamais, le CNOP a finalement décidé de rompre le silence et de dévoiler à l’opinion publique la mauvaise gestion et notamment les mauvaises décisions qui régissent le secteur du médicament. Le conférencier déplore sa mise à l’écart par le ministère de la Santé et de la Réforme hospitalière dans l’élaboration du projet de l’arrêté interministériel fixant la liste des tarifs de référence ainsi que le projet de décret fixant les marges bénéficiaires. Les deux moutures, si elles sont appliquées, affirme M. Benbahmed, «vont conduire le secteur du médicament à la dérive et à la faillite». Alors que les nouveaux tarifs de référence devaient intervenir sur la base des génériques qui se substituent aux princeps, ceux-là sont introduits dans le projet du MSRH selon la classe thérapeutique. Ce qui veut explicitement dire que le pharmacien ne pourra pas vendre les médicaments de substitution et sera contraint de pénaliser le patient ou lui imposera un produit cher et partiellement remboursable.
Inévitablement, cette mesure aura un impact direct sur le choix des médicaments commercialisés. «Les pharmaciens seront obligés de continuer à vendre des princeps et les génériques importés, car même sur ce plan, les marges bénéficiaires sont libres pour les médicaments importés et sont administrés pour la production locale», atteste le conférencier qui exige, à cet effet, la révision des marges bénéficiaires en prenant en considération les propositions du CNOP. «Les marges proposées dans la nouvelle loi sont incohérentes. Elles sont de 19% sur le prix d’achat soit 15.9% sur le prix de vente, avec des charges minimisées à 10%». Avec cette réévaluation, les revenus des pharmacies enregistreront une baisse de 26,25%, ajoutée, en toute évidence à la baisse du chiffre d’affaires de ces officines en raison de la réduction de la liste des médicaments commercialisés. L’Etat croit pouvoir baisser l’enveloppe du médicament, mais ne sait pas que cette politique va avoir un impact négatif sur la disponibilité du médicament », avertit M. Benbahmed, signalant que la baisse des marges bénéficiaires pour la production locale va également se répercuter sur le marché du générique que l’Etat veut développer. Faut-il le préciser, la production locale est évaluée à 30% du marché avec un taux de production en générique de 96%. Un véritable problème de disponibilité et d’accessibilité au médicament va se poser, selon l’orateur, dans les prochains mois en Algérie. Une fenêtre sera ainsi ouverte, en raison du manque de transparence des politiques publiques en la matière, à la spéculation, au trafic et à la contrefaçon. En fragilisant les marges bénéficiaires, les officines seront poussées à vendre des produits sans ordonnances et vendre les psychotropes.
Les médicaments importés par l’Algérie vendus dans les marchés de Oujda
Cela équivaut également à encourager le détournement des médicaments importés par l’Algérie vers le pays voisin qui est le Maroc. Le vice-président du CNOP a, en effet, dévoilé hier l’existence d’un important réseau de détournement à l’ouest du pays. «L’Algérie importe des médicaments par ses cercles officiels mais qui ne sont pas commercialisés localement. Ces médicaments se vendent dans les marchés du Maroc, à Oujda exactement, à des prix trois fois moins chers que ceux appliqués par nos officines», a-t-il déclaré. La défaillance du système de sécurité sociale au Maroc où le remboursement du médicament n’est pas généralisé a incité les commerçants à trouver des alternatives, comme celle d’acheter en entier certains produits commercialisés par les officines de l’Ouest du pays, notamment Maghnia et Tlemcen. C’est ainsi, souligne le conférencier, que les réseaux ont été créés avec la complicité des importateurs algériens et parfois des fournisseurs».
Des spécialistes pour des laboratoires d’analyses ?
Le Conseil national de l’ordre des pharmaciens a dénoncé la décision prise par le ministère de la Santé d’accorder l’agrément d’ouverture des laboratoires d’analyses médicales à des mono spécialistes. «Nous faisons face à un véritable problème de santé publique. C’est une dérive dangereuse qu’il faut éviter», a signalé M. Benbahmed. Ce dernier attire l’attention des pouvoirs publics sur les conséquences de l’exécution d’une telle décision. «C’est comme si on demandait à un pédiatre d’ouvrir un cabinet d’ophtalmologie», illustre-t-il, en qualifiant de scandaleux cet arrêté ministériel.
Lundi 16 juin 2008 -- Les représentants de l'ordre des pharmaciens ont exigé la révision du décret exécutif définissant les marges maximales de bénéfice des médicaments, adopté le 27 mai dernier par le Conseil du gouvernement. «Ces nouvelles marges entraîneront, à coup sûr, un problème de disponibilité sur le marché du médicament», a averti hier le président de l'ordre des pharmaciens, Lotfi Benbahmed.
Les deux invités du forum d'El Moudjahid, en l'occurrence le président Lotfi Benbahmed et le vice-président de l'industrie pharmaceutique Amir Touafek, de l'ordre des pharmaciens, ont dressé un sévère constat du secteur pharmaceutique. Les intervenants ont commencé par la nouvelle politique des marges bénéficiaires. «La marge a été revue à la baisse dans ce nouveau système, pourtant le ministère de la Santé avait promis aux acteurs du secteur pharmaceutique une augmentation de cette marge. Les experts ont mal calculé cette marge et ont complètement marginalisé le pharmacien», a affirmé Benbahmed. Et d'ajouter «l'application de ce nouveau système induira automatiquement des ruptures et des problèmes de disponibilité du médicament et des interruption des soins», a-t-il mis en garde. Selon lui, «les pharmaciens et les acteurs du secteur de la pharmacie ne peuvent pas continuer à vendre à perte».
Dans le détail, le conférencier a indiqué que la marge moyenne du pharmacien d'officine était de 22% sur le prix d'achat et de 18% sur le prix de vente, avec des charges minimisées à 10%. Ce qui donne un résultat net de l'ordre de 8% avant impôt. «Il faut savoir que dans ce nouveau dispositif la marge a été abaissée à 19% sur le prix d'achat et 15.9% sur le prix de vente, avec des charges minimisées à 10%. Le résultat net est donc de 5,9% avant impôt, soit une baisse de revenu de 26,25%. Et ce sans compter la baisse prévisible du chiffre d'affaires, conséquence de l'élargissement du tarif de référence», a-t-il ajouté.
Les représentants des pharmaciens craignent, à vrai dire, une situation de paupérisation, voire de faillite de nombreuses pharmacies d'officine. Le conférencier a expliqué que l'Algérie est un des rares pays au monde ayant réglementé la marge à la production pharmaceutique locale. «Il faut savoir qu'il y a eu augmentation de la marge de la production locale de l'ordre de 20 à 25%, alors que la marge moyenne du grossiste importateur a été revue à la baisse», a signalé M. Benbahmed, en précisant que ces mesures ne sont pas du tout en faveur d'une logique d'encouragement de l'investissement national. «Au contraire, des mesures pareilles visent l'affaiblissement des opérateurs nationaux et l'effondrement de la capacité d'investissement à la faveur des importateurs et multinationales. Des menaces qui peuvent peser considérablement sur la disponibilité des médicaments et celle des soins pharmaceutiques», a-t-il insisté. Le conférencier a en outre déclaré que l'origine de l'indisponibilité du médicament est structurelle et spéculative. Il insiste sur le fait que si on règle l'aspect structurel, en évitant à titre d'exemple le changement des règles à tout moment, on pourra aisément contrecarrer la spéculation sur le marché du médicament. Le conférencier a plaidé, en outre, pour le développement de la production nationale afin de garantir une meilleure disponibilité du médicament et diminuer la facture des importations.
Le vice-président de l'ordre, chargé du dossier de l'industrie pharmaceutique, Amir Touafek, a quant a lui brossé un état des lieux de la production nationale du médicament de 1999 jusqu'à 2008. Il a affirmé que sur 81 opérateurs dans le secteur, 18 sont des importateurs de produits finis et seulement 14 font que dans la fabrication. Il ajoute que 23 opérateurs ont un statut de conditionneurs et sur les 138 qui ont déclaré aux autorités des projets de fabrication, 11 seulement se sont déjà lancés, mais dans des activités d'importation. Le vice-président de l'ordre a sérié plusieurs problèmes dans l'industrie pharmaceutique, entre autres, le problème de la maîtrise des process de fabrication, l'absence de savoir-faire en matière de développement pharmaceutique, ainsi que des problèmes liés à un environnement économique contraignant et au manque de stratégie industrielle intégrée.
Et sur la politique de la promotion du médicament générique, les deux conférenciers ont affirmé que la consommation du générique reste encore très faible. Amir Touafek a précisé que le médicament générique de la fabrication locale représente 30% du marché en valeur et le taux de médicament générique enregistré destiné à l'importation est de 14%. Alors que l'importation représente 70% du marché en valeur.
Des médicaments algériens vendus illégalement au Maroc
Le président de l'ordre des pharmaciens a demandé, par ailleurs, une meilleure traçabilité du médicament et de rigueur dans l'octroi du statut de grossiste en médicaments. «Il faut définir les rôles et les responsabilités pour lutter contre la déprofessionnalisation du secteur», a-t-il indiqué. Le conférencier a exigé de telles mesures, car certains grossistes et certains opérateurs sans scrupules ont déjà tenté de vendre frauduleusement des médicaments importés par l'Algérie dans les pays voisins, en l'occurrence le Maroc. «Des médicaments importés par l'Algérie pour le marché local ont été trouvés à Oujda, dans un marché appelé «Souk El Fellah», et cédés à des prix concurrentiels», dit-il en expliquant que «les Marocains s'approvisionnent en médicaments algériens du marché parallèle, car le médicament n'est pas remboursable chez eux, et aussi parce que les prix des produits ramenés d'Algérie sont trois fois moins chers que les médicaments vendus dans les officines marocaines». Pour ce qui est de la contrefaçon, les conférenciers ont précisé que vu que les médicaments sont remboursés en Algérie, les citoyens s'approvisionnent automatiquement chez les pharmacies, ce qui ne laisse pas le champ au développement de la contrefaçon. «Mais pour contrecarrer efficacement la contrefaçon, il faut éviter au maximum les ruptures de stocks en médicaments», a conclu le président de l'ordre des pharmaciens.
Suite à l’article paru dans votre quotidien du 16 juin 2008, rapportant nos déclarations au Forum d’El Moudjahid, j’ai l’honneur de vous préciser les points suivants :
1/ Le département ministériel du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale est en charge de l’élaboration de l’arrêté fixant la liste des tarifs de référence servant de base de remboursement des médicaments et les modalités de leur mise en œuvre.
2/ Le projet de marges plafonds applicables à la production, au conditionnement et à la distribution des médicaments à usage de la médecine humaine, est du ressort du département ministériel du Commerce.
3/ Nous n’avons pas annoncé de baisse de marge pour la production locale, au contraire, celle-ci a été augmentée de 20 à 25% (voir notre conférence remise sur CD à votre journaliste). Sur ce sujet, nous avons fait remarquer que dans la plupart des pays, on n’imposait pas une marge à la production sur un prix sortie usine (qui par définition est variable) mais les autorités concernées négocient un prix à l’enregistrement.
Par ailleurs, nous rappelons que l’Ordre des pharmaciens communique régulièrement sur ses activités, conformément à ses prérogatives définies par la réglementation en vigueur. En une année, nous avons participé à deux forums d’El Moudjahid, organisé une rencontre internationale, 5 journées nationales et de nombreuses réunions au niveau régional, évènements qui ont d’ailleurs été souvent couverts par votre quotidien. En vous remerciant pour votre compréhension, veuillez croire, Monsieur le directeur, en l’expression de ma haute considération.
L. Benbahmed,
vice-président de l’Ordre national des pharmaciens,
président de l’Ordre des pharmaciens d’Alger
Alger, le 16 juin 2008
Mardi 17 Juin 2008 -- L’Union nationale des opérateurs pharmaceutiques appelle les pouvoirs publics à sauver l’industrie nationale du médicament, préconisant une série de mesures, notamment celle liée aux marges bénéficiaires du producteur. «La proposition de l’UNOP est d’amener les pouvoirs publics à ne plus fixer la marge pour les producteurs locaux, mais à négocier le prix avec ces derniers», préconise la corporation par la voix de son secrétaire général, Nabil Mellah. Les opérateurs s’inscrivent ainsi sur la même longueur d’onde que les pharmaciens d’officine qui, par le biais de l’ordre national des pharmaciens, exigent eux aussi la révision du décret exécutif définissant les marges bénéficiaires maximales des médicaments en Algérie. Le texte, adopté le 27 mai dernier par le conseil du gouvernement, continue à susciter la réaction de la filière. «Les nouvelles marges entraîneront, à coup sûr, un problème de disponibilité sur le marché du médicament», a averti le 15 juin le président de l’ordre des pharmaciens, Lotfi Benbahmed, au forum d’El Moudjahid. Pour l’UNOP, la décision de légiférer sur les marges d’un industriel (fabricant ou conditionneur) est une «mesure en totale contradiction avec la politique économique du pays». «Une économie de marché suppose la non-immixtion de l’Etat dans la rentabilité d’une entreprise. D’autant plus que les concurrents étrangers ne sont pas soumis à cette mesure», souligne le syndicat des producteurs. L’UNOP, qui interpelle le ministère de la Santé à «placer tout le monde sur la même balance», n’hésite pas à crier à l’injustice. «Pourquoi ne pas fixer donc les prix du médicament lorsqu’il s’agit d’opérateurs étrangers», s’interroge l’UNOP, soulignant que «les étrangers sont mieux nantis, en ce sens que le département d’Amar Tou «se limite seulement à la négociation» avec les laboratoires étrangers. «Contrairement à nous, le ministère de la Santé ne fait que négocier la marge avec des sociétés établies à l’étranger. Celles-ci ne sont en aucun cas obligées à prendre un certain pourcentage», soutient encore l’UNOP. Ainsi, les nouvelles marges dont parle l’UNOP n’encouragent pas la consommation, notamment du médicament générique. A titre d’exemple, les producteurs citent un produit princeps A (molécule d’origine) dont le prix sortie usine est de 2 000 DA et son générique B dont le prix sortie usine serait de 1 000 DA, tout en analysant la marge des pharmaciens. «Si le princeps fait gagner 321 DA au pharmacien, le générique ne génère que 160 DA de marge au même pharmacien», relève l’UNOP.
Mercredi 18 juin 2008 -- Les malades souffrant de maladies cancéreuses lancent un SOS aux pouvoirs publics. La rupture de stocks des médicaments complique leur état de santé déjà fragile. Cette rupture touche particulièrement et fortement les malades au niveau de l’hôpital de Tlemcen et du service d’oncologie du CHU d’Oran. L’association Nour Doha, d’aide aux malades, dénonce cet état de fait à travers un communiqué rendu public hier. Lors d’une visite d’investigation opérée à l’ouest du pays, suite aux nombreuses requêtes formulées par beaucoup de malades et leurs familles, dont celle lancée en direct le 13 mai dernier par des citoyens sur les ondes de la radio Chaîne III, l’association Nour Doha a effectué un contrôle de soutien au sein des infrastructures médicales d’Oran et de Tlemcen dans les services d’oncologie, de radiothérapie et d’hématologie.
Selon l’association, les révélations des chefs de service et des médecins sont effarantes. « Les malades ne trouvent plus les mots pour décrire leur calvaire », souligne l’association en précisant que « certains praticiens ont exprimé leur ras-le-bol de la situation faite aux malades à cause de la rupture de traitement et de cure. » A Tlemcen, un médecin a été jusqu’à dire qu’il ne « voulait plus venir le matin, car il n’en peut plus de voir la souffrance des malades et ne pouvoir rien faire pour les aider ». Un autre médecin du même CHU a indiqué que le service enregistre un manque terrible de médicaments antidouleur tels que le Tamgesic. « Le manque de médicaments fait que des traitement sont interrompus et ceci est très mauvais pour les malades. Certains produits sont devenus inexistants comme le Xeloda, la Mitomicyne, la Vincristine et le Mabthera. Pour ce dernier par exemple, sur une commande de 100 boîtes, ils n’en ont reçu que 5 alors que le produit est disponible à Alger. Nous recevons chaque mois 50 patients souffrant de cancer et nous ne pouvons traiter que 4 à 5 cas. Nous les prenons en charge selon la quantité disponible du médicament. » Selon l’association, une patiente de Bel Abbès souffrant d’un cancer du sein et après avoir subi une intervention chirurgicale, attend depuis trois mois son traitement d’Herceptin. Face à cette situation « démoralisante », l’association signale que les médecins ont les mains liées, mais ils tentent tant bien que mal de soulager des malades.