Mercredi 16 Avril 2008 -- Des pharmaciens mettent en garde contre l’achat de médicaments hors circuit règlementaire. Cette alerte donnée par les professionnels vient suite à l’apparition d’un phénomène nouveau sur le marché informel. Un médicament, un corticoïde, est en vente chez les marchands ambulants de la ville nouvelle et de Sidi El Bachir alors qu’il ne peut être commercialisé que sur ordonnance. Ce produit est disponible chez les commerçants africains qui exposent leur marchandise, composée de cosmétiques, herbes et autres à même le sol. Il est présenté aux clients qui souffrent de maigreur et désirent prendre du poids. Selon un pharmacien qui s’est procuré lui-même ce médicament chez l’un des marchands de Sidi El Bachir, «le produit a été acheté à 700 dinars le flacon contenant 100 comprimés et ne comportant aucune notice». Sur l’emballage, une petite boite dorée, est écrit en rouge «Dexamethasone», flacon de 100 comprimés avec un sigle, en forme de feuille, du laboratoire producteur. En bas de la boite, on peut lire en anglais, «manufactured by Unlink Pharma (P) LTD, India». Quant au flacon, il est de couleur grise avec un couvercle vert et portant aussi une étiquette sur laquelle est bien mentionné que le médicament ne doit être vendu que sur prescription médical et doit être placé à l’abri de la lumière et dans un endroit à température moyenne. Cependant, malgré ces indices, le médicament, on ne le trouve pas chez les pharmaciens, mais chez des commerçants clandestins. Contacté pour donner son avis sur ce produit, un pharmacien a été stupéfait de constater qu’un médicament fabriqué pour soigner des rhumatismes, soit recommandé, par des commerçants qui n’ont aucune relation avec la profession, pour les personnes qui veulent grossir. Ce spécialiste dans le domaine affirme qu’effectivement d’après ce qui est mentionné sur la boite, ce médicament est bien un corticoïde et ne doit être prescrit que par le médecin. Il explique aussi que les corticoïdes font grossir et cela ne signifie nullement qu’ils sont destinés pour les personnes maigres.
Risque imminent
Un médecin généraliste a indiqué, pour sa part, que de tel médicament peut être dangereux pour la santé s’il est pris sans un avis médical. «Il n’y a que les pharmaciens qui sont autorisés à vendre les médicaments. Un corticoïde n’est donné que par le médecin et sur ordonnance car il peut avoir des effets secondaires. La personne mise sous un tel traitement, ne grossit pas mais peut avoir des enflures». Sur la gravité de prendre ce médicament juste pour prendre du poids, le même médecin affirme que «si une personne prend un corticoïde de façon prolongée, elle peut avoir de graves problèmes de tension artérielle et de reins et peut facilement attraper le diabète». Sur la notice d’un corticoïde, il est clairement mentionné que le produit provoque «gonflements, rougeur du visage, prise de poids, une élévation de la tension artérielle, l’apparition de bleus, trouble du sommeil, fragilité osseuse, trouble de la croissance chez l‘enfant, faiblesse des muscles, ulcère et glaucome». Revenant sur le problème de la disponibilité de ce médicament sur le marché informel, un pharmacien évoque le problème des produits pharmaceutiques qui «échappent» au contrôle. Il affirme que tous les médicaments vendus chez les officines sont contrôlés au niveau des laboratoires, tandis que ceux qui sont sur le marché informel ne peuvent provenir que des particuliers qui transportent des quantités de médicaments dans des valises et les font rentrer dans leurs bagages en voyageant par avion ou par bateau. Aucune mesure n’a été prise dans ce sens pour lutter contre ce phénomène qui touche à la santé publique.
Jeudi 17 Avril 2008 -- Le syndicat national des pharmaciens a tiré, hier, la sonnette d’alarme suite à la grande perturbation qu’a connue le marché des médicaments ces derniers jours. Une pénurie a touché environ 50 médicaments, entre génériques et autres, destinés au traitement des maladies chroniques.
M. Belaâmri, chargé de l’Information au niveau du syndicat national des pharmaciens a affirmé, hier, à El Khabar que « la pénurie qui a touché quelques médicaments est une réalité que personne ne peut nier ».
L’ex président du syndicat national des pharmaciens a déclaré que son institution n’est pas entrain d’aggraver cette situation, qui est très dangereuse pour la santé d’un grand nombre de malades, en particulier lorsqu’on sait qu’elle touche environ 50 sortes de médicaments destinés aux maladies chroniques. La sonnette d’alarme a été tirée afin que chacun assume sa responsabilité.
Cette pénurie a été enregistrée après que les autorités centrales aient interdit l’importation des médicaments. Plusieurs conditions ont été exigées aux importateurs de médicaments, dont l’obligation d’importer à 45% de médicaments génériques, chose qui a retardé la signature des programmes d’importation et conduit à la crise actuelle.
Samedi 19 avril 2008 -- Les pénuries à répétition du médicament a mis à nu toutes les défaillances d'un système qui a montré ses limites pour, d'un côté, maîtriser le marché et de l'autre, assurer la disponibilité de tous les produits durant toute l'année. De l'importation jusqu'à la commercialisation du médicament, plusieurs acteurs interviennent pour imposer, selon les déclarations des professionnels dans le domaine de la pharmacie, « sa loi ». Plus grave encore, ces derniers accusent ouvertement ce qu'ils qualifient de « barrons du médicament » qui sont derrière cette déstabilisation du marché.
Cette dernière rupture des stocks que les pharmaciens dénoncent avec force a été la goutte qui a fait déborder le vase et pousser importateurs, distributeurs et gérants d'officines à dévoiler les dessous d'un marché régi, pourtant, par une réglementation et des lois. Or, tel que le décrivent les professionnels, le marché obéit encore à la politique du monopole et le malade qui est le dernier maillon de la chaîne risque d'encaisser, le plus, les frais d'un système considéré comme archaïque. Pourquoi cette pénurie de médicament si, du côté officiel, notamment le ministère de la Santé, aucune perturbation n'est à signaler et toutes les dispositions ont été prises pour assurer un approvisionnement permanent des officines.
Rencontrés, jeudi, à la 4ème journée pharmaceutique, organisée à l'hôtel Sheraton, par le syndicat national algérien des pharmaciens d'officines (SNAPO), les participants à cette rencontre, les gérants d'officines, ont été unanimes à exprimer leur inquiétude de ne plus pouvoir satisfaire la demande des clients dans les prochains jours. Chacun parle de « dépannage auprès des confrères » pour un tel produit ou un autre, puisque n'arrivant plus à se procurer le médicament auprès des fournisseurs. La liste des produits indisponibles a augmenté de 30 à 50 médicaments ces derniers jours et risque de s'allonger encore plus, affirment les pharmaciens.
Les sociétés de distribution qui assurent l'approvisionnement de 2.000 pharmacies à l'ouest ont aussi leur mot à dire à ce propos. Un distributeur, outré des perturbations que connaît le marché actuellement, estime que « si pénurie il y a, elle ne peut être que préméditée par les barons du médicament ». Il révèle, à ce propos, que l'exclusivité des marchés détenus sur certains médicaments complique davantage le problème et donne le droit aux détenteurs de ces marchés de les gérer selon leurs intérêts ».
Notre interlocuteur n'est pas allé avec le dos de la cuillère en accusant les importateurs de faire dans la concomitance avec les fournisseurs. « Nous sommes obligés », dira-t-il, « de prendre d'autres médicaments lorsque nous faisons une commande. C'est à prendre ou à laisser. Nous n'avons pas le choix ». Cette pratique est devenue courante et contrarie énormément nos accords avec les clients. Pour résumer la situation et décrire le marché tel qu'il se présente, ce distributeur revient des années en arrière pour faire une comparaison avec les anciennes galeries qui étaient envahies lorsqu'une rumeur sur la pénurie d'un quelconque produit alimentaire faisait le tour de la ville. « La même situation se reproduit actuellement pour le médicament. On crée la pénurie pour déstocker tous les produits et écouler ainsi la marchandise facilement en nous imposant toutes les règles. Nous obéissons à ces règles du jeu de peur d'avoir une rupture de stock ».
Pour ce professionnel, la situation est dramatique du fait que la liste des médicaments non disponibles est plus étendue que celle des produits disponibles au moment même où on annonce une augmentation de la facture de 600 millions de dollars à 1,2 milliard de dollars. « Une telle hausse de la facture devrait généralement signifier que la population a doublé. Or ce n'est pas le cas et cette hausse n'est pas expliquée ». Le remède à ce problème réside, selon ce distributeur, dans la lever du monopole et l'ouverture du marché à des sociétés de l'ouest, centre et est pour approvisionner ces régions sans avoir à répondre au diktat des détenteurs de l'exclusivité du marché. La facture va diminuer ainsi de 50 % sans le générique ».
Evoquant la politique du générique mise en application par le ministère, le même interlocuteur estime qu'elle est vouée à l'échec, puisque même pour le générique, les règles du jeu ne sont pas claires. Quant au président du SNAPO, M. Abed, rencontré à la 4ème journée pharmaceutique, il se montre pessimiste sur cette dernière évolution du marché du médicament et lance un appel aux pouvoirs publics d'intervenir pour réguler le marché. Il confirme, pour sa part, que « cette crise est due aux barons de l'importation qui continuent à faire la loi et le ministère ne réagit pas ». Le premier responsable du SNAPO révèle que « les stocks sont épuisés à tel point que nous, pharmaciens, nous nous échangeons les produits par taxi. Nous avons avisé le ministère, la direction de la pharmacie de cette situation et rien n'a bougé. C'est le blocage ».
Evoquant la nouvelle loi sur l'augmentation du taux d'importation du générique à 45 %, le même responsable considère cette décision ambiguë, car elle va à contresens avec la politique de l'encouragement de la production locale appliquée par le gouvernement. « D'un côté, on veut renforcer la fabrication du médicament et de l'autre on la casse en augmentant le taux d'importation des génériques. Il y a confusion ». Pour remédier à cette situation, les professionnels demandent l'intervention de l'Etat pour réguler ce marché qui est désormais livré à lui-même.
Samedi 19 Avril 2008 -- La pénurie des médicaments, notamment pour les maladies chroniques, persiste et le ministère de la Santé continue de nier le problème. Les pharmaciens d’Oran, à l’instar de leurs collègues des autres wilayas du pays, tirent la sonnette d’alarme. Lors des quatrièmes journées pharmaceutiques organisées jeudi à l’hôtel Sheraton par le SNAPO (Syndicat National des Pharmaciens d’Officines), M. Abed, le président national de ce syndicat, n’a pas manqué de soulever ce problème qui a commencé en janvier 2008. Et il dit : « en janvier, il y avait une pénurie d’environ 10 médicaments et depuis, la situation n’a pas cessé de s’aggraver jusqu’à ce jour où la pénurie touche actuellement une liste d’une cinquantaine de médicaments, notamment pour les maladies chroniques ».
En évoquant les causes de ce problème, notre interlocuteur nous explique que tout a commencé « quand le ministère a imposé aux importateurs un taux d’importation de 45% des génériques, chose qui a tout bloqué ». Et notre interlocuteur de s’interroger : « comment va-t-on alors encourager la production locale des génériques alors qu’on impose un taux de 45% aux importateurs ». Quand on sait qu’au Maroc, par exemple, les génériques (production locale) couvrent 70% de la demande et qu’en Tunisie le taux s’élève à 60 et jusqu’à 65%. « Ce qui revient à dire qu’actuellement chez nous, on favorise l’importation au détriment de la production locale », dira notre interlocuteur.
Dimanche 20 avril 2008 -- « Ce sont des médecins généralistes et des chirurgiens-dentistes qui inspectent les officines et non pas des pharmaciens, qui eux sont du domaine et connaissent mieux le métier». C'est ce qu'a déclaré, jeudi, le président du Syndicat national des pharmaciens d'officine (SNAPO) concernant les inspections effectuées au niveau des officines et qui font objet de critiques de la part du syndicat. La non-implication des professionnels dans le domaine de la pharmacie dans ces opérations, initiées par la Direction de la santé, semble contrarier la corporation des pharmaciens qui n'hésite pas, par le biais du syndicat, à exprimer son mécontentement du travail accompli par les inspecteurs.
Selon le président du SNAPO, «des abus, des excès de zèle et des humiliations ont été constatées. Nous ne sommes pas contre ces inspections, mais nous voulons que le travail soit accompli selon la réglementation». Au niveau d'Oran, aucune plainte dans ce sens n'a été déposée au niveau du conseil de l'ordre, mais la situation ne semble pas se dérouler sans contrainte. Une pharmacienne explique sur ce point que «ce que je reproche à ces inspecteurs est la politique de deux poids, deux mesures appliquée lors des tournées d'inspection. Le contrôle s'effectue en effet pour certains mais ne se fait pas pour d'autres, qui ne sont jamais présents au niveau de leur pharmacie. La rigueur est bien lorsqu'elle s'applique pour tout le monde».
Pour le conseil de l'ordre des pharmaciens à Oran, même si aucune plainte n'a été déposée, le conseil de l'ordre national a été saisi sur cette question et oeuvre actuellement à établir un canevas de travail qu'il doit présenter au ministère de la Santé. La condition principale sera d'impliquer les pharmaciens dans ces opérations». Une source bien informée a précisé, à propos de l'absence des pharmaciens des commissions d'inspection, que « pour le ministère, les pharmaciens n'ont pas été impliqués dans ces inspections pour la simple raison qu'ils ne se sont pas présentés comme candidats aux sessions de formation d'inspecteurs qui sont organisées par le ministère».
Concernant, d'autre part, le bilan des inspections effectuées au niveau de la wilaya d'Oran, 88 officines et 10 cliniques privées ont été inspectées au courant de l'année 2007, dont 10 fermetures conservatoires ont été adressées à 10 pharmacies et cabinets médicaux pour divers dépassements et le non-respect des normes d'hygiène, entre autres. Dans le même cadre, 47 avertissements ont été adressés aux pharmaciens pour absence au niveau des officines ou non-respect du calendrier de la permanence. 38 mises en demeure ont été également adressées aux pharmaciens pour absence d'ordonnancier, délivrance de médicaments (notamment les psychotropes) sans ordonnance, défaut d'armoire fermant à clé pour certains médicaments et mauvaises conditions d'hygiène.
Lundi 21 Avril 2008 -- Durant l’exercice écoulé, un opérateur de la commune de Oued Fodda a lancé la première usine de médicaments dans la région. Le complexe est fonctionnel après avoir attendu plus de cinq années et nécessité une enveloppe de plus de 35 milliards de centimes. Il emploie une quarantaine de travailleur et a déjà commencé à produire et à commercialiser sa gamme de médicaments. Il s’agit de produits de forme pâteuse et semi pâteuse, comme les ovules, le paracétamol et les anti-inflammatoires en suppositoires. La gamme qui sera élargie sous peu à d’autres médicaments, est fabriquée selon les normes européennes, indique-t-on à l’usine. Ses dirigeants visent non seulement à satisfaire le marché en ces produits très demandés, mais aussi à contribuer à réduire la facture d’importation.
Mercredi 23 Avril 2008 -- L’Union nationale des opérateurs de la pharmacie ainsi que le conseil de l’éthique médicale ont appelé les pouvoirs publics à ouvrir le débat autours des médicaments génériques. Cela vise à élaborer une politique nationale, qui mettra fin à l’anarchie qui caractérise le secteur. Ils ont affirmé que la consommation locale des médicaments fabriqués en Algérie varie entre 15 et 20%, par rapport aux pays européens qui consomment à 60% ces médicaments.
Le président du conseil d’éthique médicale, M. Berkani Mohammed Bekat a expliqué que pour mettre fin à la perturbation du marché des médicaments en Algérie, il faudrait ouvrir le débat entre les pouvoirs publics et les différentes parties à l’instar des médecins et experts. Cette démarche vise à élaborer une politique nationale de production, de protection et de subvention des médicaments génériques.
Il a déclaré que cette politique mettra fin à ce qu’il a qualifié de contradictions et de perturbations qui caractérisent actuellement le marché des médicaments, notamment pour ce qui est des agréments accordés à des opérateurs qui importent les médicaments comme s’ils importaient une autre marchandise.
Selon ce dernier, la régularisation de cette politique peut réduire la facture de l’importation des médicaments, estimée en 2007 à 1 milliard de dollars. Il a indiqué, dans le même contexte, que la consommation des médicaments génériques en Algérie, qui sont produits localement, varie de 15 à 20%. Il a considéré que le taux de consommation de ces médicaments est très faible par rapport à des pays européens qui ont des politiques nationales de médicaments génériques, à l’instar de la France où le taux de consommation atteint les 60%.