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  #8 (permalink)  
Old 26th May 2008, 09:14
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Old 26th May 2008, 20:19
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Mustapha Hammouche :


Lundi 26 Mai 2008 -- Les récits d’agents de police soulevant le tapis de sous les pieds de chauffeurs de Logan pour vérifier s’il n’y a pas inscrit, en relief, un signe qui ressemble au nom d’Allah, ont peut-être fait sourire. L’affaire des deux personnes prises en flagrant délit de repas, un jour de Ramadhan, arrêtées et jugées, n’est plus que le souvenir d’un incroyable zèle de représentants de la loi. Une récente enquête d’El Watan a établi qu’une méthodique opération de fermeture d’établissements de restauration et de débits de boissons est entreprise à l’échelle nationale dans le dessein manifeste d’appliquer le rigorisme islamiste à la société. La Constitution, qui stipule que l’islam est religion d’État, commande, de ce fait, que les institutions œuvrent à faciliter la pratique de la foi, en même temps qu’elle garantit, d’ailleurs, l’exercice d’autres cultes. Mais, dans les faits, cette mission a été redéfinie en fonction des projections politiques des régimes successifs, voire en fonction des convictions doctrinales des dirigeants. L’action publique, à l’origine circonscrite à l’organisation du culte et à son enseignement, s’est engagée dans le chemin aventureux de l’instrumentalisation politique de la foi populaire. Contre les velléités modernistes et démocratiques, d’abord. Depuis quelques décennies, des réseaux putschistes transnationaux, prônant la résurrection d’un islam fondamentaliste, se sont créés avec l’intention de déposer les régimes des pays musulmans. L’Algérie fut une de leurs premières cibles. Le pouvoir dispute l’arme de la religion à ces nébuleuses révolutionnaires en se montrant bon promoteur de la pureté religieuse qui doit régner en terre d’islam. Il le fait avec un zèle parfois contenu, parce que les conditions historiques de la naissance de l’État national soutiennent une perspective républicaine et parce que le contexte international est plus propice aux libertés qu’à l’inquisition. Mais le mouvement de fond que le pouvoir algérien privilégie est celui qui vise l’adoption de l’État théocratique, un peu par conviction anti-démocratique de nos dirigeants et un peu parce qu’ils croient ainsi neutraliser leur contestation islamiste. Il y a donc une part de stratégique et une part de tactique dans l’islamisation, au sens intégriste de l’État et de la société. Sans pouvoir aller franchement au bout de sa reconversion, la République s’est donné une nouvelle mission : celle de vigile de la foi. Lorsque le Chef du gouvernement proclame que la “Constitution de la société algérienne, c’est le Saint Coran”, il proclame sa véritable conception de l’État algérien. La Constitution légale, dont l’existence tient aux raisons historiques et conjoncturelles énoncées plus haut, n’est qu’un moyen ou une contrainte, selon qu’on vise la prise de pouvoir ou sa conservation. Dans un contexte où le fait du prince — de l’émir — tient de mode de gouvernance, l’État théocratique se consolide souvent au prix du déni de la Constitution et de la loi de la République. La preuve, pour juger Habiba, on n’a pas eu besoin de puiser dans la loi le chef d’accusation de “pratique sans autorisation d’un culte non musulman”. Si les lieux de culte sont soumis, par la loi, à autorisation, il est peu probable que la foi personnelle le soit aussi.
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Old 27th May 2008, 10:34
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Dans une allocution prononcée le jeudi 22 mai 2008, à l’occasion du lancement de la « Caravane des chevaliers du Saint Coran », le chef du gouvernement a déclaré : « La société algérienne s’est attachée au Saint Coran depuis qu’elle a embrassé l’Islam (...) Le Coran représente sa Constitution qu’elle n’acceptera point de changer. » Faut-il comprendre par cette déclaration péremptoire que l’actuelle Constitution est à considérer comme nulle et non avenue ? Faut-il comprendre que le Premier ministre, qui n’a d’autre légitimité que celle conférée par sa nomination, se substitue, de fait, au peuple souverain qui a approuvé par voie référendaire l’actuelle Constitution, et à toutes les institutions nées de sa mise en œuvre, quelles qu’en soient la nature et la situation hiérarchique ? Ou bien, s’agit-il d’un plan sciemment ourdi contre la République dans un climat d’intolérance et d’inquisition, marqué par les manœuvres insidieuses du pouvoir et le regain de velléités politiques islamistes encouragées. Dans tous les cas, il s’agit là d’une dérive dangereuse et d’un glissement déclaré vers un projet théocratique, archaïque et intégriste, projet qui fut la source d’inspiration de ceux qui ont ensanglanté et détruit le pays et continuent à le faire, et contre lesquels le peuple algérien s’est mobilisé pour s’opposer aux voies et déchirements de la discorde sociale et de la fitna. Il convient de rappeler avec force que ce projet est en totale contradiction avec les principes et valeurs de l’appel de Novembre 1954 et de la plateforme de la Soummam, grâce auxquels nous réaffirmons aujourd’hui notre attachement à la construction d’un République algérienne démocratique et populaire, ouverte sur l’universalité, la justice sociale et le progrès. C’est sur cette base, partagée par la majorité du peuple algérien souverain, que nous dénonçons ce discours d’un autre âge et que nous interpellons toutes les institutions, sans exception, garantes du respect de la Constitution, pour prendre les mesures qu’exige cette situation. Nous appelons toutes les citoyennes et tous les citoyens désireux de vivre en paix, dans la légalité, le respect de la Constitution et des lois qui en découlent, à élever les légitimes protestations qui s’imposent à tous les niveaux.

Alger le 26 mai 2008

Le bureau national du CCDR
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Old 31st May 2008, 12:13
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Samedi 31 Mai 2008 -- La proposition de loi portant amendement des articles 87 bis 10 et 144 bis prévoyant des peines d’emprisonnement contre les journalistes et les imams, présentée par le groupe parlementaire du MSP, a été acceptée par le bureau de l’APN qui a décidé de la soumettre au gouvernement. Réuni mercredi sous la présidence du président de l’Assemblée populaire nationale (APN), M. Abdelaziz Ziari, le bureau de l’instance «a étudié la proposition d’amender la loi n° 01-09, amendant et complétant l’ordonnance n° 66-156 portant code pénal (…) et décidé de la faire parvenir au gouvernement», indique un communiqué de la cellule d’information de l’APN, qui précise que ladite proposition «remplit les conditions requises par la loi». Sur le site du groupe parlementaire du Mouvement de la société pour la paix (MSP), auteur de cette proposition, il est précisé que les amendements proposés concernent uniquement les articles 87 bis 10 et 144 bis, «prévoyant, est-il écrit, l’emprisonnement du journaliste et de l’imam dans l’exercice de leurs fonctions ainsi que la punition des publications d’information».

En effet, l’article 87 bis 10 du code pénal indique, notamment, qu’«est puni d’un emprisonnement de 3 à 5 ans et d’une amende de 50 000 à 200 000 DA quiconque, par prêche ou par toute autre action, entreprend une activité contraire à la noble mission de la mosquée ou de manière à attenter à la cohésion de la société ou à faire l’apologie et la propagande des actes visés à la présente section». Dans l’article 144 bis il est précisé qu’«est puni d’un emprisonnement de 2 mois à 2 ans et d’une amende de 1 000 à 500 000 DA, ou de l’une de ces peines seulement, quiconque dans l’intention de porter atteinte à leur honneur, à leur délicatesse ou au respect dû à leur autorité, outrage dans l’exercice de leurs fonctions ou à l’occasion de cet exercice, un magistrat, un fonctionnaire, un officier public, un commandant ou un agent de la force publique, soit par paroles, gestes, menaces, envoi ou remise d’objet quelconque soit par écrit ou dessin non rendu public».

Les députés du parti d’Aboudjerra Soltani considèrent que ces dispositions, «jamais acceptées par le MSP», sont «inacceptables» et qu’il «est indispensable de les abroger». «La dynamique mondiale dans le domaine de la liberté d’opinion est devenue l’un des principaux fondements d’une véritable démocratie, comme il est utile de rappeler que la revendication de la liberté de la presse est l’un des fondements de notre mouvement», peut-on également lire sur le site de la koutla du MSP. Interrogé la semaine dernière sur ce sujet, Ahmed Ouyahia, le secrétaire général du RND, a assuré que son parti, qui compte 72 députés, démolira une telle proposition même si «elle émane de (ses) propres députés».
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Old 5th July 2008, 15:03
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Samedi 5 juillet 2008 -- Que va dire Abdelaziz Bouteflika aujourd’hui aux Tagarins ? Ceux qui s’attendent à un coup d’éclat de la part du chef de l’Etat en seront certainement pour leurs frais. Avec le changement à la tête de l’exécutif, les choses sont désormais claires : le scénario de la présidentielle de 2009 ne dépend plus du seul Bouteflika. L’échappée solitaire semble terminée. La suite des évènements se fera selon le nouveau consensus permettant l’équilibre du système, et dont le renvoi de Belkhadem indique qu’il vient d’être trouvé entre la présidence et ceux qu’on appelle les décideurs. Ces derniers, qui vont écouter aujourd’hui le chef de l’Etat, ont repris l’essentiel de l’initiative. Ils ont mis fin, avec l’éviction de Belkhadem, à la stratégie d’alliance qui se tissait entre Bouteflika et les islamistes sous la patiente et sournoise houlette de l’ancien chef du gouvernement. S’il doit rester au pouvoir à l’issue de son deuxième mandat, Bouteflika sait qu’il doit désormais traiter avec les décideurs et non plus avec l’ex-FIS. Aussi sidérant qu’il le paraît, cet arrangement entre la direction du FIS et la présidence est bien réel. Belkhadem a réussi à faire du prochain quinquennat la période providentielle du retour du FIS aux commandes. L’Algérie disait oui à Madani Mezrag et aux chefs intégristes et se fermait à l’Union pour la Méditerranée. C’était le pire scénario pour les décideurs. Belkhadem ne voyait pas qu’en détraquant le rapport de force politique, il venait de provoquer les décideurs en duel et les mettait en demeure de riposter sans plus tarder. La hiérarchie militaire croyait en effet avoir réduit au silence ses anciens ennemis islamistes par un pacte de paix et espérait se faire réhabiliter grâce à une nouvelle légitimité internationale. Au lieu de cela, Belkhadem lui proposait de s’isoler du monde, de se soumettre au gang d’en face, d’assister à sa réhabilitation et d’offrir son cou à la potence !

«Solution finale»

L’ancien chef du gouvernement avait non seulement replacé les chefs intégristes mais aussi, et surtout, à faire du troisième mandat de Bouteflika l’affaire des islamistes. Ce nouveau quinquennat serait la période bénie où la joumloukia finissante d’Algérie, à bout de souffle, s’engagerait dans la voie d’une république théocratique, libérée des impies, arrachée aux décideurs en képi et restituée à de nouveaux décideurs enturbannés.

Bouteflika a dit oui

«Dès sa réélection en 2009, Bouteflika prononcera une amnistie générale et permettra au FIS de retourner sur la scène politique ; oui, le champ sera rouvert aux enfants du Front dans le cadre d’un parti politique», avait déjà révélé, en décembre, Ahmed Benaïcha, l’ancien émir de la branche armée du FIS, dans les colonnes du journal arabophone El Bilad. L’ancien chef terroriste reconnaît l’existence d’un projet politique clairement défini : «Il y a en ce moment plusieurs initiatives pour donner corps à cette solution politique qui va faire l’objet d’un consensus entre les nationalistes et les islamistes.» Cette solution politique, Benaïcha l’appelle «solution finale», celle qui solderait le contentieux de 1992 né de l’annulation des législatives remportées par les islamistes et de la dissolution du FIS. Elle prévoit une réhabilitation totale et publique et un vrai transfert de pouvoir. C’est dans la bouche de Benaïcha : «Les chefs des deux autres partis de l’alliance présidentielle, le RND et le MSP, ne s’empressent pas de soutenir Bouteflika pour un troisième mandat, parce qu’ils ont eu vent de «la solution finale» préconisée par le président et promise au chef de l’AIS. Ils savent que le retour du FIS dissous sur la scène politique signifie la fin de leur légitimité en tant que représentants du peuple.»

Comment ne pas le croire ?

Les chefs du FIS vont donc entreprendre de faire élire Bouteflika et lui prêter main-forte contre les décideurs. Madani Mezrag et les chefs de l’Armée islamique du salut, qui se voyaient déjà aux portes du pouvoir, sortent du bois avec la délicatesse de l’éléphant et toute la subtilité de l’orangoutan. Ils auront le mot de trop qui va précipiter les évènements et condamner définitivement Belkhadem. C’est d’abord Ahmed Benaïcha qui désigne grossièrement les généraux, en soutenant que les auteurs des attentats du 11 décembre dernier sont à chercher parmi «ceux qui ne veulent pas de troisième mandat pour Bouteflika». Il parle en expert assassin : «Du point de vue purement militaire, on n’attaque que les cibles qui constituent un danger. Je me pose la question : pour qui le Conseil constitutionnel représente un danger ? Pour ceux qui sont encore au maquis ? Bien sûr que non, ils n’ont aucun rapport avec lui, par contre, c’est une menace pour ceux qui ne veulent pas de troisième mandat pour Bouteflika.» En mai, Madani Mezrag prend le relais et annonce, toujours dans El Bilad, qu’un congrès de l’ensemble des fractions du FIS est programmé spécialement pour septembre afin qu’il «coïncide avec l’élection présidentielle de 2009». L’ex-chef terroriste signifie par là que ledit congrès appellera à soutenir un troisième mandat pour Bouteflika et que le parti qui sortira de ces assises se mettra au service du président-candidat.

Une performance

En deux années, le chef de gouvernement avait, en effet, fait de l’Algérie une espèce de contrée wahhabiste coupée du monde, mûre pour l’intégrisme, livrée aux inquisiteurs, offerte aux anciens émirs de la mort et mise sur les rails d’une prochaine coalition islamoconservatrice. On y pourchassait les nouveaux convertis au christianisme et les couples dans la rue. On y fermait les églises et les bars. On y interdisait la Bible et les rassemblements…«La société algérienne s'est attachée au Saint Coran depuis qu'elle a embrassé l'Islam (…) le Coran représente sa Constitution qu'elle n'acceptera point de changer», en rajoute Belkhadem, signifiant ostensiblement que le pays se dirigeait vers la charia.

Tout cela est — provisoirement ? — terminé. Deux jours après l’intronisation d’Ahmed Ouyahia, son parti, le Rassemblement national démocratique réuni en congrès, se prononçait contre les négociations avec les islamistes, pour l’éradication du terrorisme et pour un hommage aux Patriotes et aux membres des groupes de légitime défense «pour leur concours précieux à l’éradication du terrorisme». Dans la résolution finale, on lit : «Le Congrès condamne avec force les crimes que perpétuent encore des groupes terroristes ayant avoué que leur cible est le peuple algérien sans aucune exception. Tout en réaffirmant la légitimité de toute mesure à même de réduire l’effusion de sang dans notre pays, le Congrès réitère son plein soutien à la lutte contre ces criminels, traîtres et mercenaires jusqu’à leur éradication totale. Il appelle enfin au renforcement de la vigilance collective pour soutenir la lutte contre le terrorisme.» C’est un discours sur le terrorisme et l’islamisme totalement en rupture avec celui de l’ancien chef du gouvernement : la page est tournée !
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