Mardi 1 juillet 2008 -- Président de la Société algérienne de pharmacie, M. Benhamdine revient dans cet entretien sur toutes les questions liées au problème du médicament en Algérie, de la rupture, aux marges bénéficiaires en passant par les entraves à la production nationale. Pour lui, la concertation avec les pouvoirs publics, un élément qui a fait défaut durant plusieurs années, est l’une des solutions de sortie de crise.
Le marché du médicament connaît depuis quelques jours une forte perturbation. Quelles sont, selon vous, les causes de ce dysfonctionnement ?
Depuis de nombreuses années et de manière cyclique, ce problème se pose et les spéculations de toutes sortes voient le jour, cela au détriment de la sérénité des malades. La Société algérienne de pharmacie, qui est une société scientifique dont la tâche est de former et d’informer les pharmaciens, ne détient pas les informations fiables et basées sur des études sur le terrain. Cependant, il serait hasardeux de dire que le marché est stable et que tous les produits sont disponibles en tout endroit et à tout moment. Pour vous répondre, sans langue de bois, je peux vous dire que je regrette qu’il n’y ait pas de concertation entre les pouvoirs publics et toutes les représentations professionnelles dûment constituées. Le mal vient de cette exclusion, tout le reste en découle. Le Snapo a fait une étude sur le terrain et a obtenu un panorama quantifié et précis de l’état du marché actuel. Il serait bon de ne pas considérer son travail comme une offense aux autorités concernées, mais plutôt comme une contribution non négligeable pour résoudre les crises. Il ne sert, à mon avis, à rien de constater une pénurie si on ne détermine pas ses origines. Le confort des malades concerne toutes les souches bienveillantes de l’Algérie et ne peut être le monopole exclusif d’un ministère, dusse-t-il être le plus compétent, le plus intègre et le plus généreux. Mes confrères du Conseil national de l’Ordre des pharmaciens (CNOP) font le même constat au vu de leurs déclarations publiques et je m’inscris solidairement dans leur démarche. La santé est l’affaire de tous.
La production nationale vit actuellement une situation difficile au point que certaines entreprises ont décidé de mettre la clé sous le paillasson. Quelles en sont, d’après vous, les raisons et comment peut-on redresser la situation ?
Là encore, mais je crois que c’est la méthode du gouvernement, il n’y a pas eu de concertation entre les différents ministères et les opérateurs, en particulier avec les producteurs. Je peux vous dire ce qui n’a pas été fait pour protéger l’industrie pharmaceutique nationale. Lors des négociations avec l’OMC, aucun ministère n’a jugé opportun d’écouter les producteurs qui, je vous le rappelle, ont choisi leur pays pour investir et ce secteur pour sa sécurité sanitaire. La plupart d’entre eux sont des professionnels de la santé et du médicament, et croyez-moi, ils sont très au fait des dernières technologies et des pratiques du commerce international. Ils possèdent toutes les qualités pour se réunir et enrichir les débats avec nos autorités qui n’ont pas le monopole de la préservation du confort de nos malades et de nos économies. Je vous signale, d’après les chiffres officiels du ministère de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière, qu’il y a 4286 produits inscrits dans la nomenclature des médicaments, dont environ 70% sont des génériques. La production locale satisfait 30% du marché et la part du générique y est de 90%. Cette part devient 38% lorsqu’il s’agit de l’importation. A cela s’ajoute le fait que la trentaine d’usines réellement présentes sur le marché et aux normes ne tournent qu’à 30% de leurs capacités et ne répondent qu’à 30% des besoins. La réponse à votre question est contenue dans la jonction de ces deux paramètres. On veut aller au générique qui, je vous le signale, est un critère et un avantage économique, et non pas qualitatif, mais nos pouvoirs publics semblent ignorer que cela, hélas, ne se décrète jamais, mais se met en place par différentes techniques incitatives et, dans tous les cas, en concertation avec l’ensemble des intervenants. La dernière répartition des marges à la production et à la commercialisation est un autre exemple de décisions arbitraires. Les marges à la production devraient être libres. Seul le prix du produit lors de l’enregistrement devrait être considéré et éventuellement négocié. La diminution de la marge du pharmacien et de ses revenus aura des effets négatifs sur le marché. Les produits plus chers et fortement marketés vont connaître une hausse, la part des produits locaux va diminuer, la porte à toutes les dérives commerciales sera ouverte. Je pense à la contrefaçon et à la vente de médicaments psychotropes et autres. Je suis persuadé que ce n’est pas le but de l’Etat, mais l’enfer est pavé de bonnes intentions. Oui, des usines et des officines fermeront et cela sera un beau gâchis qui aurait pu être évité. Tout est réversible et il n’est pas trop tard...