Lundi 16 juin 2008 -- Les représentants de l'ordre des pharmaciens ont exigé la révision du décret exécutif définissant les marges maximales de bénéfice des médicaments, adopté le 27 mai dernier par le Conseil du gouvernement. «Ces nouvelles marges entraîneront, à coup sûr, un problème de disponibilité sur le marché du médicament», a averti hier le président de l'ordre des pharmaciens, Lotfi Benbahmed.
Les deux invités du forum d'
El Moudjahid, en l'occurrence le président Lotfi Benbahmed et le vice-président de l'industrie pharmaceutique Amir Touafek, de l'ordre des pharmaciens, ont dressé un sévère constat du secteur pharmaceutique. Les intervenants ont commencé par la nouvelle politique des marges bénéficiaires. «La marge a été revue à la baisse dans ce nouveau système, pourtant le ministère de la Santé avait promis aux acteurs du secteur pharmaceutique une augmentation de cette marge. Les experts ont mal calculé cette marge et ont complètement marginalisé le pharmacien», a affirmé Benbahmed. Et d'ajouter «l'application de ce nouveau système induira automatiquement des ruptures et des problèmes de disponibilité du médicament et des interruption des soins», a-t-il mis en garde. Selon lui, «les pharmaciens et les acteurs du secteur de la pharmacie ne peuvent pas continuer à vendre à perte».
Dans le détail, le conférencier a indiqué que la marge moyenne du pharmacien d'officine était de 22% sur le prix d'achat et de 18% sur le prix de vente, avec des charges minimisées à 10%. Ce qui donne un résultat net de l'ordre de 8% avant impôt. «Il faut savoir que dans ce nouveau dispositif la marge a été abaissée à 19% sur le prix d'achat et 15.9% sur le prix de vente, avec des charges minimisées à 10%. Le résultat net est donc de 5,9% avant impôt, soit une baisse de revenu de 26,25%. Et ce sans compter la baisse prévisible du chiffre d'affaires, conséquence de l'élargissement du tarif de référence», a-t-il ajouté.
Les représentants des pharmaciens craignent, à vrai dire, une situation de paupérisation, voire de faillite de nombreuses pharmacies d'officine. Le conférencier a expliqué que l'Algérie est un des rares pays au monde ayant réglementé la marge à la production pharmaceutique locale. «Il faut savoir qu'il y a eu augmentation de la marge de la production locale de l'ordre de 20 à 25%, alors que la marge moyenne du grossiste importateur a été revue à la baisse», a signalé M. Benbahmed, en précisant que ces mesures ne sont pas du tout en faveur d'une logique d'encouragement de l'investissement national. «Au contraire, des mesures pareilles visent l'affaiblissement des opérateurs nationaux et l'effondrement de la capacité d'investissement à la faveur des importateurs et multinationales. Des menaces qui peuvent peser considérablement sur la disponibilité des médicaments et celle des soins pharmaceutiques», a-t-il insisté. Le conférencier a en outre déclaré que l'origine de l'indisponibilité du médicament est structurelle et spéculative. Il insiste sur le fait que si on règle l'aspect structurel, en évitant à titre d'exemple le changement des règles à tout moment, on pourra aisément contrecarrer la spéculation sur le marché du médicament. Le conférencier a plaidé, en outre, pour le développement de la production nationale afin de garantir une meilleure disponibilité du médicament et diminuer la facture des importations.
Le vice-président de l'ordre, chargé du dossier de l'industrie pharmaceutique, Amir Touafek, a quant a lui brossé un état des lieux de la production nationale du médicament de 1999 jusqu'à 2008. Il a affirmé que sur 81 opérateurs dans le secteur, 18 sont des importateurs de produits finis et seulement 14 font que dans la fabrication. Il ajoute que 23 opérateurs ont un statut de conditionneurs et sur les 138 qui ont déclaré aux autorités des projets de fabrication, 11 seulement se sont déjà lancés, mais dans des activités d'importation. Le vice-président de l'ordre a sérié plusieurs problèmes dans l'industrie pharmaceutique, entre autres, le problème de la maîtrise des process de fabrication, l'absence de savoir-faire en matière de développement pharmaceutique, ainsi que des problèmes liés à un environnement économique contraignant et au manque de stratégie industrielle intégrée.
Et sur la politique de la promotion du médicament générique, les deux conférenciers ont affirmé que la consommation du générique reste encore très faible. Amir Touafek a précisé que le médicament générique de la fabrication locale représente 30% du marché en valeur et le taux de médicament générique enregistré destiné à l'importation est de 14%. Alors que l'importation représente 70% du marché en valeur.
Des médicaments algériens vendus illégalement au Maroc
Le président de l'ordre des pharmaciens a demandé, par ailleurs, une meilleure traçabilité du médicament et de rigueur dans l'octroi du statut de grossiste en médicaments. «Il faut définir les rôles et les responsabilités pour lutter contre la déprofessionnalisation du secteur», a-t-il indiqué. Le conférencier a exigé de telles mesures, car certains grossistes et certains opérateurs sans scrupules ont déjà tenté de vendre frauduleusement des médicaments importés par l'Algérie dans les pays voisins, en l'occurrence le Maroc. «Des médicaments importés par l'Algérie pour le marché local ont été trouvés à Oujda, dans un marché appelé «Souk El Fellah», et cédés à des prix concurrentiels», dit-il en expliquant que «les Marocains s'approvisionnent en médicaments algériens du marché parallèle, car le médicament n'est pas remboursable chez eux, et aussi parce que les prix des produits ramenés d'Algérie sont trois fois moins chers que les médicaments vendus dans les officines marocaines». Pour ce qui est de la contrefaçon, les conférenciers ont précisé que vu que les médicaments sont remboursés en Algérie, les citoyens s'approvisionnent automatiquement chez les pharmacies, ce qui ne laisse pas le champ au développement de la contrefaçon. «Mais pour contrecarrer efficacement la contrefaçon, il faut éviter au maximum les ruptures de stocks en médicaments», a conclu le président de l'ordre des pharmaciens.