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Old 16th June 2008, 06:49
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Rosa Mansouri :


Lundi 16 juin 2008 -- «L’industrie et le marché du médicament en Algérie sont dans un état de dérive générale. Les prix administrés aux médicaments, la place du générique dans les ventes, la politique de remboursement, la production nationale, les tarifs de référence et les marges bénéficiaires accordées aux pharmaciens, sont autant de questions qui connaissent actuellement un dysfonctionnement alarmant et susceptible de mener le secteur à une impasse et une clochardisation sans doute de tout le marché du médicament. » C’est en conclusion ce qui ressort de la conférence animée hier au forum El Moudjahid par le vice-président du Conseil national de l’ordre des pharmaciens (CNOP), le Dr Lotfi Benbahmed, également chargé de la distribution. Vaut mieux tard que jamais, le CNOP a finalement décidé de rompre le silence et de dévoiler à l’opinion publique la mauvaise gestion et notamment les mauvaises décisions qui régissent le secteur du médicament. Le conférencier déplore sa mise à l’écart par le ministère de la Santé et de la Réforme hospitalière dans l’élaboration du projet de l’arrêté interministériel fixant la liste des tarifs de référence ainsi que le projet de décret fixant les marges bénéficiaires. Les deux moutures, si elles sont appliquées, affirme M. Benbahmed, «vont conduire le secteur du médicament à la dérive et à la faillite». Alors que les nouveaux tarifs de référence devaient intervenir sur la base des génériques qui se substituent aux princeps, ceux-là sont introduits dans le projet du MSRH selon la classe thérapeutique. Ce qui veut explicitement dire que le pharmacien ne pourra pas vendre les médicaments de substitution et sera contraint de pénaliser le patient ou lui imposera un produit cher et partiellement remboursable.

Inévitablement, cette mesure aura un impact direct sur le choix des médicaments commercialisés. «Les pharmaciens seront obligés de continuer à vendre des princeps et les génériques importés, car même sur ce plan, les marges bénéficiaires sont libres pour les médicaments importés et sont administrés pour la production locale», atteste le conférencier qui exige, à cet effet, la révision des marges bénéficiaires en prenant en considération les propositions du CNOP. «Les marges proposées dans la nouvelle loi sont incohérentes. Elles sont de 19% sur le prix d’achat soit 15.9% sur le prix de vente, avec des charges minimisées à 10%». Avec cette réévaluation, les revenus des pharmacies enregistreront une baisse de 26,25%, ajoutée, en toute évidence à la baisse du chiffre d’affaires de ces officines en raison de la réduction de la liste des médicaments commercialisés. L’Etat croit pouvoir baisser l’enveloppe du médicament, mais ne sait pas que cette politique va avoir un impact négatif sur la disponibilité du médicament », avertit M. Benbahmed, signalant que la baisse des marges bénéficiaires pour la production locale va également se répercuter sur le marché du générique que l’Etat veut développer. Faut-il le préciser, la production locale est évaluée à 30% du marché avec un taux de production en générique de 96%. Un véritable problème de disponibilité et d’accessibilité au médicament va se poser, selon l’orateur, dans les prochains mois en Algérie. Une fenêtre sera ainsi ouverte, en raison du manque de transparence des politiques publiques en la matière, à la spéculation, au trafic et à la contrefaçon. En fragilisant les marges bénéficiaires, les officines seront poussées à vendre des produits sans ordonnances et vendre les psychotropes.

Les médicaments importés par l’Algérie vendus dans les marchés de Oujda

Cela équivaut également à encourager le détournement des médicaments importés par l’Algérie vers le pays voisin qui est le Maroc. Le vice-président du CNOP a, en effet, dévoilé hier l’existence d’un important réseau de détournement à l’ouest du pays. «L’Algérie importe des médicaments par ses cercles officiels mais qui ne sont pas commercialisés localement. Ces médicaments se vendent dans les marchés du Maroc, à Oujda exactement, à des prix trois fois moins chers que ceux appliqués par nos officines», a-t-il déclaré. La défaillance du système de sécurité sociale au Maroc où le remboursement du médicament n’est pas généralisé a incité les commerçants à trouver des alternatives, comme celle d’acheter en entier certains produits commercialisés par les officines de l’Ouest du pays, notamment Maghnia et Tlemcen. C’est ainsi, souligne le conférencier, que les réseaux ont été créés avec la complicité des importateurs algériens et parfois des fournisseurs».

Des spécialistes pour des laboratoires d’analyses ?

Le Conseil national de l’ordre des pharmaciens a dénoncé la décision prise par le ministère de la Santé d’accorder l’agrément d’ouverture des laboratoires d’analyses médicales à des mono spécialistes. «Nous faisons face à un véritable problème de santé publique. C’est une dérive dangereuse qu’il faut éviter», a signalé M. Benbahmed. Ce dernier attire l’attention des pouvoirs publics sur les conséquences de l’exécution d’une telle décision. «C’est comme si on demandait à un pédiatre d’ouvrir un cabinet d’ophtalmologie», illustre-t-il, en qualifiant de scandaleux cet arrêté ministériel.
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